Ayons un peu d'autocompassion

Ayons un peu d’autocompassion

J’ai beau prêcher l’amour de soi, le discours bienveillant, l’attention à ses émotions, prendre soin de soi, être gentil avec soi, bref, l’autocompassion, je me suis encore fait avoir. Ouep, comme lors du plan de crise de l’été du self-love.

Oops I did it again, comme dirait l’autre.

(Oui, j’ai des références très variées.)

Je me suis rendu compte que j’avais très peur. Ce qui n’est pas un problème en soi, car habituellement, je suis assez attentive à mes peurs : j’écoute ce qu’elles ont à me dire, et en général, cela suffit à ce qu’au mieux, elles s’envolent, au pire, on puisse cohabiter.

Celle-là, elle me déplaisait tellement que je suis partie en guerre contre elle… mais pas comme il aurait fallu. Quand elle pointait le bout de son nez, je m’engueulais, me rabrouais, me disait que j’étais ridicule et que j’y mettais de la mauvaise volonté. Je me suis fait tellement de démonstrations par A+B que c’était débile que je pourrais écrire un bouquin.

Tout ce que je ne ferais jamais avec mon fils, quoi.

Si mon fils me dit qu’il a peur du loup, je sais bien que c’est inutile, et même que ça lui fait du mal de lui dire que c’est débile, il n’y a pas de loup dans sa chambre, aucune raison d’avoir peur. Non, j’écoute, j’accueille avec lui, je l’accompagne, on cherche des solutions.

Bin voilà. J’ai peur du loup. Et en plus, je m’engueule d’avoir peur.

Chapeau, l’autocompassion.

Le pire, c’est que ça fait longtemps que ça dure, et que je me comporte comme ça. Heureusement que je sais comment ça marche et que c’est comme ça qu’on se crée des blocages carabinés.

Mais non. Plus la peur montait, plus je m’engueulais. Plus je l’ignorais, plus elle se braquait. J’ai fini par faire l’autruche, passer de mauvaises nuits, tout en boudant mes chères pages du matin pour que cette satanée peur ne puisse surtout pas s’exprimer.

Vous le savez, n’est-ce pas, que les choses ne disparaissent pas simplement parce qu’on détourne le regard ?

Moi oui, mais pour le coup, je n’ai pas eu suffisamment de bienveillance, d’autocompassion pour agir en conséquence. J’ai laissé les choses pourrir sur pied, jusqu’à ce que mon corps m’envoie un bon coup de pied aux fesses, en mode « SOS, je suis en train de crever de trouille, fais quelque chose. » Les crises d’angoisse ne me manquaient pas, mais si c’était le seul moyen d’attirer mon attention… amen, mon corps, et merci.

En prenant un peu de recul, je vois bien quand et comment cette peur s’est installée, je vois comment ça a déraillé, je vois toute l’histoire. Je croyais que je n’y avais pas le beau rôle parce que j’avais peur du loup et que c’était débile, vu qu’il n’y a pas de loups dans la région. Mais non. Ah ! Ça, je n’ai pas le beau rôle, c’est sûr. Mais juste parce que je n’ai pas été très sympa avec moi-même, que j’ai laissé les choses empirer, et que maintenant, j’ai un sacré sac de nœuds à démêler.

On ne va pas refaire le match.

Je ne peux pas changer que j’ai fait. Par contre, je peux en tirer les leçons. Si j’avais écouté gentiment mon malaise dès le début, je lui aurais sans doute évité de dégénérer de la sorte. On aurait réglé cela en bonne intelligence. En fait, la peur aurait sans doute fini par s’estomper toute seule. Ce que j’espérais qu’elle ferait de toute façon, mais soyons réalistes, je n’écoutais pas ce qu’elle avait à me dire, donc il y avait peu de chances que ça arrive.

Alors, Eva, reprenons depuis le début : les mots d’ordre sont écoute, bienveillance, compassion, non-jugement. Autant de qualités qui sont difficiles à appliquer à soi-même, je sais. L’autocompassion, cet eldorado. L’idée, c’est de te comporter avec toi-même et de te parler comme tu parlerais à ton enfant, à ton ami, à cette personne chère. Tu ne leur dirais pas « la ferme, c’est débile d’avoir peur pour ça », « calme-toi, ça ne sert à rien de te mettre en colère », « ne sois pas triste, ce n’est pas si grave » alors que leur peur, leur colère ou leur tristesse les font de toute évidence souffrir, n’est-ce pas ? Même si tu estimes qu’il y a pire au monde que ce qui est à l’origine de cette émotion.

Ton émotion est réelle. Elle existe vraiment. Alors peu importe son origine. Elle a le droit d’exister. La preuve, elle est là. Et pas sans raison.

Changeons un peu de perspective.

Prenons les choses à l’envers : est-ce que tu irais dire, oui, même à toi-même, « quand on voit tout ce qui se passe dans le monde, franchement, je ne vois pas comment tu peux être heureuse » ou « il y a d’autres enfants géniaux dans le monde, tu ne devrais peut-être pas aimer le tiens autant » ?

On remet rarement en cause le fait d’être heureux ou d’aimer. On accepte cet état de fait. Sous prétexte qu’être triste, en colère, ou avoir peur est moins confortable, moins agréable, on a tendance à minimiser, décortiquer, critiquer. Mais nier la souffrance que causent ses émotions, c’est nourrir le terreau sur lequel elles sont nées. Si on n’est pas attentif, sous peu, elles seront partout, comme du liseron. Et le liseron, ça a beau être joli et romantique, une fois que c’est installé, s’en débarrasser devient une mission pour Sisyphe.

Dis, tu te rappelles comme ça dégénère dans Vice Versa, juste parce que Joie ne veut pas entendre parler de Tristesse ? Et bien voilà. Même chose là, ma petite Eva : sans un minimum d’autocompassion, tu casses tout à l’intérieur, et sous peu, c’est le chaos. Et c’est bien plus compliqué de rétablir l’ordre que si tu t’étais écoutée depuis le début.

Pour cette peur, je me fais aider. (J’ai demandé de l’aide, bravo moi !) Et vous, qu’allez-vous faire pour être un peu plus sympa avec vous cette semaine ?

 

Crédit photo : David Cohen via Unsplash

 

 

5 réponses
  1. Marion
    Marion dit :

    Et puis il y a des fois, tu crois avoir bien gérer le problème et tout à coup y’a un truc qui vient foutre la merde et là tu te dis « ah, tu croyais que t’avais réglé ça, bah nan! en fait tu faisais juste super bien l’autruche »!!!
    J’aime beaucoup te lire Eva.

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    • Eva
      Eva dit :

      Merci Marion 🙂
      Exactement ! On dit que ça marche comme une spirale, qu’on y revient tant qu’on a pas tout réglé… et en général, quand ça revient frapper à la porte, ouille !!!

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  2. Sandra
    Sandra dit :

    C’est dur de se défaire de ses mauvaises habitudes, elles tentent de revenir, toujours… une lutte permanente ! C’est toujours un bonheur de te lire, en plus ça rassure, on a les même luttes neuronales !

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    • Eva
      Eva dit :

      Disons que tant qu’on ne les attaque pas à la racine, on est à peu près sûr de les voir revenir… Je me console en me disant que j’en apprends un peu plus à chaque fois !!!
      Contente que ta lecture te fasse du bien ^^

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  1. […] Je le disais il y a 15 jours, j’ai récemment accepté de m’avouer une peur qui me faisait horreur. Tellement horreur que, de manière inconsciente puis de plus en plus consciente, je me suis levée trop tard pour pouvoir faire mes pages. « J’ai besoin de dormir, je ne serai bonne à rien si je manque de sommeil. » La bonne excuse. […]

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