#moiaussi #metoo histoire d'une violence ordinaire

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Le mot-dièse #metoo truffe mon feed Facebook. (Eh oui, enfer et damnation, j’y suis revenue !) Ça me désole, et en même temps, je n’en suis malheureusement pas étonnée.

La semaine dernière, j’ai fait quelque chose que je déteste : j’ai écumé l’actualité. Ça me filait la gerbe, mais c’était plus fort que moi. Comme quand on gratte une piqûre de moustique ou un bobo. On sait qu’il ne faut pas, que ça va être pire après, mais on le fait quand même.

Il faut dire qu’entre le scandale du prédateur Weinstein et la couv’ que les Inrocks ont consacrée, comme une fleur, à un mec qui a tué sa femme à coups de poing, il y a eu une belle convergence… qui dénoue les langues.

Alors, tout simplement, moi aussi.

Un collègue qui avait deux fois mon âge a essayé de m’embrasser dans l’ascenseur. Il partait en vacances, j’ai passé 15 jours à stresser. À son retour, il a fait comme si de rien n’était. Heureusement, mon stage s’est terminé peu de temps après. Ça a un tantinet terni ce qui était par ailleurs une belle expérience.

J’ai mis près de dix ans à comprendre qu’écarter les cuisses pour mon mec de l’époque parce que j’avais peur, en fait, ce n’était pas vraiment consenti. Et que si ce n’était pas vraiment consenti, c’était du viol, ou en tout cas une violence sexuelle, si on veut jouer sur les mots. C’était un fan de Noir Désir, voir la tronche de l’autre partout, je le vis un peu comme une double peine.

Ce n’est que récemment que j’ai commencé à mesurer les conséquences que cela a eu sur ma vie sexuelle.

Pas plus tard que la semaine dernière, je me suis fait insulter parce que j’avais osé commenter un article sur la masturbation féminine.

Je ne parle même pas des mains au cul, des sifflements, des insultes qui viennent de nulle part, des vous êtes charmante mademoiselle on prend un café non sale pute.

Sale pute, c’était un des mots doux dont me gratifiait mon fan de Noir Désir. Mais il paraît que je réduisais tout aux insultes. (C’est parce que je n’avais pas encore compris pour les violences sexuelles.) Ça m’a pris plusieurs années pour me rendre compte que ce n’était pas normal, qu’un couple, ce n’était pas ça.

J’ai reçu des photos de b*tes que je n’avais aucunement sollicitées.

J’ai découragé des mecs trop insistants en disant que j’avais déjà un homme. C’était parfois vrai, parfois non, mais comme de toute évidence juste non ne suffisait pas, mieux valait avancer cet argument.

J’ai accéléré dans la rue déserte à part ce mec, en me maudissant d’avoir laissé tomber mes clés au fond de mon sac.

J’ai envoyé des SMS à mes copines pour les rassurer parce que j’étais rentrée toute seule à pied après le dernier bus.

J’ai changé de place dans les transports en commun ou au cinéma parce que je ne voulais pas que ce mec me colle.

J’ai tiré sur mon pull ou sur ma jupe. J’ai remonté mon décolleté rarement plongeant.

J’ai fait semblant de retrouver une super copine parce que je n’aimais pas l’attitude de ce mec chelou avec cette inconnue, qui n’avait pas l’air d’aimer non plus.

Somme toute, pas beaucoup plus, pas beaucoup moins que la majorité des femmes.

J’ai longtemps cru qu’il était essentiel d’éduquer les filles, mais apprendre aux filles à se protéger, ça ne résout pas le problème. C’est juste faire en sorte que ce soit une autre fille qui se fasse agresser.

Longtemps, j’ai voulu avoir une fille, pour pouvoir éduquer une vraie petite féministe. Une femme forte. J’ai un fils. C’est, de l’avis général, un petit gentleman. Élevé par une maman solo et féministe, forcément, ça déteint.

Pour marquer le coup, la semaine dernière, j’ai acheté King Kong Théorie, la collection d’essais de Virginie Despentes sur la condition des femmes aujourd’hui. (C’est court, mais intense. Je ne l’ai pas encore fini, mais je sais déjà que je le relirai et qu’il nourrira longtemps mes réflexions.)

Mon fils a observé la couverture, type comic books, où une femme gigantesque qui côtoie un King Kong détruit tout sur son passage.

« Qu’est-ce qu’elle fait, la dame ?
– Elle détruit le patriarcat.
– C’est qui, le patriarcat ?
– Les hommes qui considèrent que les femmes doivent faire tout ce qu’ils veulent, sans leur demander leur avis.
– Ils ne les respectent pas ?
– Non.
– Comme Donald Trump ?
– Oui.
– Pff, on n’aime pas Donald Trump. Alors, on n’aime pas le patriarcat.
– C’est ça. »

Je suis fière de lui.

Mais je sais aussi qu’il a encore beaucoup à apprendre. Il harcèle le chat, qui râle, lui dit clairement non, et quand il continue malgré tout, la minette riposte, griffe, mord, reste parfois fâchée longtemps.

Je ne punis jamais le chat.

J’explique à mon fils, patiemment, inlassablement.

Pour moi, c’est une leçon, pas encore acquise, sur le consentement. Une leçon tellement essentielle que j’y passerai le temps qu’il faudra.

Oui, elle est belle, elle est douce, elle est chaude, et il l’adore, et il veut lui faire des câlins. Mais si elle ne veut pas, y’a même pas à discuter : il ne faut pas lui faire de câlin.

Apprendre aux femmes à se protéger des attaques des hommes, c’est un peu un emplâtre sur une jambe de bois. Ce que j’ai compris, en élevant mon fils, c’est qu’il est surtout essentiel d’apprendre aux hommes à se comporter, eh bien, respectueusement. À traiter les femmes comme des êtres humains, quoi. Et l’ensemble de la race humaine avec.

Un chien à qui on dit de ne pas toucher au steak, il ne touche pas le steak. Même quand je dis à mon chat de ne pas toucher au jambon, elle n’y touche pas, et pourtant, je suis clairement chez elle. (C’est un chat, quoi.)

Et à côté, un homme qui voit une jolie femme, un homme à qui une femme dit non, il ne pourrait pas se retenir ? Vous croyez vraiment ça de vous, messieurs ? Vous voulez vraiment croire ça de vous ? (Sincèrement, je suis curieuse.)

C’est une histoire qu’on nous raconte depuis bien longtemps. Une histoire douloureuse pour les femmes, et pas très flatteuse pour les hommes…

En fait, ce qu’il faudrait apprendre aux femmes, aussi, ce n’est pas tant à se protéger qu’à se respecter, elles-mêmes et entre elles.

Ce que je trouve particulièrement douloureux dans toutes les histoires de violences faites aux femmes, c’est le victim shaming. Demandez-vous donc pourquoi à peine 10 % des viols font l’objet de plaintes.

Quand une femme porte plainte pour viol, justement, il y a toujours quelqu’un pour se demander ce qu’elle portait, ce qu’elle a bien pu faire. Ça m’effleure régulièrement l’esprit, et ça me dégoûte qu’on m’ait à ce point lavé le cerveau que ce soit encore une pensée-réflexe.

Quand Amber Heard porte plainte contre son époux violent, on la traite d’hystérique, parce que le mari en question s’appelle Johnny Depp. (Hey, moi non plus, j’avais pas envie d’y croire, c’est toujours dur de brûler une idole.) Cette semaine encore, j’en ai lu des vertes et des pas mûres sur Marie Trintignant. Ce que je lisais en filigrane, c’est qu’elle l’avait sans doute bien cherché.

Quand Woody Allen épouse la fille adoptive de son ex-compagne, la sœur de son fils, en fait, il se passe… rien. Tout le monde continue à faire des films avec lui, et à chanter comme ils sont délicieux. Comme c’est bizarre, c’est le fils en question, Ronan Farrow, qui a mené la longue enquête sur Weinstein publiée dans le New Yorker, lui qui hurle depuis des années que Woody Allen (il ne le désigne jamais comme son père) a violé l’une de ses sœurs et épousé l’autre, se heurtant à l’indifférence générale. À sa place, je ferais une affaire personnelle de toutes les agressions sexuelles.

Bref, #metoo, et ces derniers jours, j’ai bien eu la gerbe. Mais j’ai espoir que tout ce tintouin dégueulasse mène à quelques prises de conscience, à des changements dans certains esprits, et qu’on regagne un peu du statut d’être humain dont on n’aurait jamais dû nous priver.

C’est que le sexisme ordinaire est tellement ancré que c’est un terreau fertile pour toutes les dérives…

Hasard du calendrier cinématographique, c’est la semaine dernière qu’est sorti Numéro Une, de Tonie Marshall, sur la course d’une ingénieure pour devenir première femme nommée PDG d’une entreprise du CAC40. J’y ai vu une peinture juste et subtile du sexisme ordinaire, presque pas assez violente, mais s’il avait été plus loin, on aurait reproché à Tonie Marshall d’en faire trop, pas vrai ? Mais non. Pas de manichéisme. Les femmes n’y sont pas présentées comme des victimes, ni les hommes comme des monstres. Tous ne sont, comment je disais, déjà ? Ah, oui. Des êtres humains. Avec des défauts, des failles, et des qualités.

En partant à la pêche aux critiques, des professionnels comme des amateurs, j’ai vu certains points revenir. Comme le fait que le personnage d’Emmanuelle Devos n’était pas crédible, car pas assez ambitieuse (= requin = comme un homme) et trop idéaliste. Que son vrai problème n’était pas qu’elle était une femme, mais qu’elle n’avait pas assez de réseau. (Pourquoi, à ton avis, Jean-Gérard ?) Qu’un homme se serait pris des remarques aussi, mais différentes. (Si le Noir avait été blanc, il se serait pris des remarques aussi, mais différentes, arrête de dire que c’est raciste, Marie-Louise.)

Des points soulevés systématiquement… par des hommes. Je n’ai rien à ajouter.

C’est déjà un long blabla que voilà, mais je voudrais terminer en rappelant une chose : les femmes n’appartiennent pas aux hommes. Une femme n’appartient qu’à elle-même. Elle devrait pouvoir vivre comme elle veut, travailler comme elle veut, sortir comme elle veut, faire l’amour si elle le souhaite (si elle le souhaite) et comme elle le souhaite, s’habiller comme ça lui fait plaisir, dire ce qu’elle a à dire, sans qu’on l’emmerde ni qu’on la juge.

Allez, je suis belle joueuse, je laisse le mot de la fin à un homme, John Irving, qui parle en 1998 d’un personnage central du Monde selon Garp (publié en 1978) :

« Une femme remarquable, malgré son franc-parler excessif (Jenny Fields, la mère de Garp), est assassinée par un fou misogyne. […] [Tiens, ceci dit, il lui reproche un peu quand même de trop ouvrir sa gueule.]

‘Dans ce monde à l’esprit pourri’, pensait Jenny, ‘une femme ne saurait être que l’épouse ou la putain d’un homme – du moins ne tarde-t-elle pas à devenir l’une ou l’autre. Si une femme ne correspond à aucune des deux catégories, tout le monde s’efforce de lui faire croire qu’elle n’est pas tout à fait normale’. Pourtant, la mère de Garp n’a rien d’anormal. Elle écrit dans son autobiographie : ‘Je voulais travailler, et je voulais vivre seule. Cela me rendait, sexuellement parlant, suspecte. Ensuite, j’ai voulu avoir un enfant, sans pour autant être obligée de partager mon corps ni ma vie pour en avoir un. Cela faisait de moi une suspecte, sexuellement parlant’. »

En fait, tout ce qu’on veut, c’est vivre notre vie peinardes.

Eva

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