Mon fils, défenseur sans peur et sans reproche de l'opprimé, des enfants perdus et des chiens sans collier, aime les pierres (vertes), et adopte une malachite cassée, parce que "t'as vu Maman comme c'est beau à l'intérieur ? Ça brille comme des étoiles !" Moralité, on recèle tous de trésors insoupçonnés en nous, et parfois, on ne les voit que quand on est brisé.

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Mon fils, 7 ans tout juste au compteur, défenseur sans peur et sans reproche de tous les opprimés, enfants perdus et chiens sans collier, adore les pierres. Comme moi. Peut-être même plus. Avec instinct et passion. Quand je ne sais pas, je lui demande « quelle pierre ? » Il n’hésite jamais.

Hier, il en a adopté une. Verte, bien entendu (une malachite, si tu veux tout savoir), les pierres vertes sont les pierres du cœur. J’ai failli y mettre mon grain de sel, et puis non. Je l’ai laissé faire. Comme d’hab.

Il a choisi une pierre cassée en deux.

Il a su tout de suite. Elle avait plein de sœurs entières, mais elles ne l’intéressaient pas.

Ça m’a rappelé cette fois, sur un vide-grenier, où il a jeté son dévolu sur un Transformer cassé. « Tu es sûr ? » ai-je insisté. « Il est déjà tout cassé. » Il était sûr. Il a fièrement sorti une pièce de son porte-monnaie Totoro, et il est reparti tout content avec son Bumblebee cul-de-jatte.

Et ma foi, il l’aime bien, son Bumblebee. Je le vois souvent. C’est un de ses compagnons du soir.

Qui suis-je, après tout, pour dire que la pierre est cassée et Bumblebee handicapé ? Il n’est ni aveugle ni stupide, mon fils, il avait bien vu. Il a choisi en conscience.

Dans ma vie, j’essaie de faire preuve de bienveillance envers mon prochain, et je crois que je ne me débrouille pas trop mal, même s’il me reste beaucoup à apprendre de mon fils à ce sujet.

En fait, la personne avec qui c’est le plus dur de faire preuve de bienveillance, c’est bien moi. J’essaie des pantalons, et au lieu de grommeler contre les marques qui taillent des vêtements adaptés à une petite partie de la population, je grogne contre mon ventre. Je pense que dans quelques mois, j’aurai 36 ans, et qu’ai-je accompli ? Qu’ai-je fait de ma vie ? Est-ce assez ? Est-ce assez pour qu’on m’aime ?

(Oui, c’est souvent la question sous-jacente, chez moi.)

Je ne ressemble pas aux filles des magazines, je suis trop ci et pas assez ça, je suis fêlée et raccommodée, je préfère souvent les livres aux gens, je vis dans ma bulle, sur ma planète. Je ne suis pas la poster girl de… je ne sais même pas quoi. Je ne suis pas la fille qu’on voit dans les banques d’images, quoi.

Diable, j’en ai levé, de la pression, mais il y a encore du boulot ! Abracadabra je m’aime toute entière et comme je suis, définitivement, ça ne marche pas. C’est un travail de longue haleine.

Eh bien voilà la preuve. La preuve que même cassée en deux, même avec des bouts en moins, il y aura toujours quelqu’un pour te trouver merveilleuse, parfaite comme tu es, ne pas vouloir plus que toi, ne pas vouloir autre chose que ce que tu es déjà, pour t’aimer juste maintenant, juste comme tu es maintenant.

Mon fils, béat, contemple ses deux morceaux de pierre au creux de sa main. Comme un trésor.

« Tu as vu Maman comme c’est beau à l’intérieur ? Ça brille comme des étoiles. »

C’est vrai, ça scintille à l’intérieur. Et ça, sur une pierre entière, polie, comme celles qu’on trouve partout, ça ne se voit pas.

Tu sais, cette phrase qu’on voit parfois passer sur les réseaux sociaux, comme quoi les gens fêlés laissent passer la lumière et que c’est pour ça qu’il faut les aimer ? C’est exactement ça.

Nos fêlures révèlent une beauté qu’on ne pouvait pas soupçonner tant qu’on était tout entière, polie comme un sou neuf.

Et quand bien même j’aurais dit non, quand bien même je dirais sans doute non, sachant ce que je sais aujourd’hui, si on m’avait laissé le choix quand je me suis brisée, je ne cesse de m’émerveiller par ce que mes fêlures laissent passer de moi. Ce qui serait resté un secret, même pour moi, si la vie m’avait laissée en un seul morceau.

Ça a été tellement dur de laisser ces morceaux tomber. Oh, comme j’ai lutté pour essayer de les maintenir en place. Je crois que ça a été le cœur de mes résistances. Si tu as lu mon livre, Revenir à soi, tu sais que j’ai mis un temps infini à pleurer la mort de l’homme que j’aimais, le père de mon fils.

Si je commence à pleurer, croyais-je, je vais me briser en mille morceaux, et je ne pourrai plus jamais les recoller.

Et j’avais raison. Je n’ai pas pu recoller tous mes morceaux et me reconstruire à l’identique. Et à vrai dire, tant mieux. Le résultat de ce collage un peu Picasso, avec les yeux bizarres et le nez de travers, est plus intéressante et plus émouvante que l’image un peu lisse et glacée que j’offrais au monde avant.

Je suis fascinée par la technique du kintsugi, cet art japonais qui consiste à réparer les objets abîmés en coulant de l’or dans leurs fêlures. Et par cette mouvance du street-art qui comble les trous dans les constructions urbaines avec des Legos. C’est beau, c’est surprenant. Ça exige un support abîmé. Un support qui a vécu.

On vit, on s’abîme. C’est la preuve qu’on vit, justement. Si on restait planquée dans du coton, on resterait certes intacte. Mais bon, il ne se passerait rien. Qu’aurait-on à raconter à nos petits-enfants, les soirs d’hiver au coin du feu ?

On vit, on s’abîme, on se répare comme on peut. On réassemble les pièces de bric et de broc. Parfois, pas toutes les pièces. On comble les fêlures comme on peut. On n’est pas moins belle, moins intègre, moins digne d’amour. On devient plus rugueuse, plus cabossée, plus organique, plus vivante. Plus intéressante, peut-être, une fois qu’on a tombé ce masque qui ne veut plus tenir. Juste différente. On va puiser des trésors en nous, ces trésors dont on ignorait l’existence.

On change, il est vrai. Notre entourage change peut-être aussi. On se révèle tous un peu plus.

Moi, je crois que ça nous rend encore plus aimables. Au sens propre. Plus dignes d’amour. Peut-être pas de tout le monde, mais après tout, qui fait l’unanimité ?

Ceux qui comptent, ceux qui sont vraiment importants, sauront toujours.

Alors, toi qui portes ces blessures, ces fêlures, toi qui en as peut-être un peu honte, toi qui te sens peut-être un peu moins digne d’amour… Il y aura toujours ce quelqu’un de spécial pour ne t’aimera que plus à cause d’elles.

Souviens-toi du petit garçon à la pierre cassée et au robot handicapé.

Eva

Tu aimes écrire ? Ou tu as envie d’écrire ? Ça tombe bien, moi aussi ! Écrire, ça libère, et ça transforme. C’est pour ça que j’ai créé les Missives, un accompagnement par courrier postal plein de love et de bonnes ondes !

1 réponse
  1. Marie
    Marie dit :

    Merci Eva pour cette belle histoire ! Il semblerait que nous avons beaucoup à apprendre des enfants <3
    Quel beau message étoilé tout en beauté ⭐️
    La Beauté est partout, il suffit d’ouvrir Son regard et parfois changer d’angle de vue pour mieux la percevoir

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