Chercher la lumière en soi

Il est des jours (des semaines, des mois) où l’on aimerait redevenir tout petit et se faire bercer par sa maman.

Où l’on aimerait qu’on nous amène des solutions miraculeuses et toutes faites.

Où l’on cherche un rayon d’espoir, une raison de croire. De garder sa foi en l’humanité.

Où l’on cherche la lumière.

Flash-back, 2 ans en arrière. Je noircis page après page dans l’espoir de trouver du sens dans l’enfer de mon chaos personnel. J’ai l’impression d’errer dans un labyrinthe plein de pièges et plongé dans l’obscurité. Je cherche la sortie, j’écarquille les yeux pour entr’apercevoir le moindre photon. Et sans m’en rendre vraiment compte, je note que je m’épuise à chercher la lumière, alors que la lumière viendra de moi.

Ça vous arrive d’être étonné et ébloui parce que vous venez de dire un truc vachement profond, que vous ne saviez même pas que vous aviez en vous ? Pour moi, c’est peut-être le conseil le plus fort que je me suis donné. (Oui, je discute beaucoup avec moi-même.)

J’étais quand même un peu perplexe. Parce que c’était bien beau, trouver la lumière en moi, mais comment je faisais, pour ça ? Il y avait un interrupteur quelque part, peut-être ?

Elle est un peu laconique, ma sagesse intérieure. Un pas après l’autre, me dit-elle. Avant de me rappeler Martin Luther King : « avoir la foi, c’est gravir la première marche même quand on ne voit pas tout l’escalier. »

(Heureusement, elle a de bonnes références.)

Et un pas après l’autre, une marche après l’autre, ça ne signifie pas bourriner, tout écraser sur son passage, ignorer sa colère et fourrer sa tristesse dans sa poche avec son mouchoir par dessus. Triste n’est pas un gros mot. (J’ai testé pour vous. Ça ne marche pas.)

Non. L’idée, c’est de regarder ses émotions en face. Et c’est terrifiant. Mais très souvent, le simple fait de les nommer, et elles font moins les malignes. À défaut de leur régler carrément leur compte – parce que c’est parfois plus facile à dire qu’à faire -, ça aide déjà à cohabiter avec elles. Elles deviennent nos démons familiers.

Des événements comme ceux, bien trop nombreux, qui nous agitent depuis des mois, nous rappellent notre propre mortalité, notre impuissance à protéger tous ceux qu’on aime, et l’injustice dont la vie peut faire preuve.

Et aussi que malgré tout, on ne peut pas rester à l’écart du monde et ne plus rien faire, dans l’espoir illusoire de se protéger. (Ça aussi, j’ai testé pour vous. Ça ne marche pas non plus.)

Nier sa peur, sa colère, sa tristesse, c’est prendre des risques. Le risque qu’elles nous explosent à la gueule, et que ce soit beaucoup plus long et beaucoup plus dur que cela aurait pu l’être.

Se laisser bercer par ce qu’elles nous racontent, c’est prendre des risques aussi. Le risque de ne plus rien faire, ou encore de déjanter complètement, alors que le monde a besoin de toutes les bonnes volontés et toute la bienveillance possibles.

On se retrouve paralysé. On oublie tout le reste. Game over.

J’imagine qu’il y a des gens qui arrivent à fonctionner comme ça. Mais je ne suis pas sûre qu’ils vivent pleinement.

Pour moi, ce qui fonctionne le mieux, c’est encore de prendre le temps de les écouter. Ce n’est pas toujours facile. Parfois, je les ignore royalement, tant et si bien que je suis surprise de leur virulence quand enfin elles se font entendre. Après un long sentiment de malaise (que j’ignore parfois lui aussi, mais quand on résiste, ça persiste), je découvre une émotion gigantesque, qui me cramponnait un bras et une jambe, sauf que je ne m’en étais pas rendu compte.

« Oh, hello, peur de mourir, mais comment ne m’étais-je pas rendu compte que tu t’agrippais si fort à moi que j’en étais paralysée ? »

(Eh oui, il faut déjà comprendre ce qui nous étreint.)

Alors, je les interroge. « Qu’as-tu à me dire, peur de mourir ? Que puis-je faire pour toi ? »

J’ai longtemps utilisé mon journal pour ça. Ou la méditation. Ou simplement prendre le temps de les ressentir (flippant, mais efficace). En ce moment, c’est l’EFT qui a ma faveur. Jusqu’à ce que je change à nouveau d’avis. Le tout, c’est de le faire, et de ne pas rester bloqué, paralysé par une émotion dont on ne sait pas quoi faire.

Généralement, une fois que j’ai pu aller au fond des choses, si l’émotion reste présente, je peux vivre à ses côtés. Elle est moins encombrante. Oui, seule avec mon petit garçon dans le monde d’aujourd’hui, forcément, il reste un petit relent de peur de mourir, planqué quelque part. Mais il ne m’empêche plus de vivre.

Je n’ai pas encore atteint le haut de l’escalier. Je ne suis pas sûre que je l’atteindrai de mon vivant. Pas plus que je ne trouverai un soleil éclatant dans mon labyrinthe. (Encore que, l’éveil me trouvera peut-être, qui sait.) Mais petit pas après petit pas, il fait moins sombre. Et les marches de l’escalier sont moins hautes, moins angoissantes.

Je dis cela, mais au prochain passage un peu tordu, à la prochaine marche biscornue, tout va recommencer. Mais qu’importe. Parce que je sais que je finis toujours par trouver le passage.

Bien sûr, on aimerait qu’on nous amène cette lumière. Mais ce serait une erreur. La lumière, ce n’est pas dehors qu’il faut la chercher. Parce que c’est en nous qu’on la trouvera.

Il ne tient qu’à nous de l’allumer, cette lumière, petite flamme de bougie après petite flamme de bougie.

Si on s’y met tous, à force, il fera moins sombre dans le monde.

Et si ça  vous semble trop dur de commencer tout seul, je peux vous aider.

 

Photo Rodion Kutsaev via Unsplash

1 réponse

Trackbacks (rétroliens) & Pingbacks

  1. […] C’est dans le noir que je peux le mieux voir cette étincelle divine en moi. C’est dans l’obscurité qu’on apprécie vraiment la lumière. […]

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.