La gueule de bois de l’introverti

Il y a quelques jours, je suis tombée sur un article qui parlait de la gueule de bois de l’introverti.

J’ai eu l’impression qu’une lumière divine éclairait mon smartphone, et qu’une musique céleste résonnait. C’était une révélation.

D’autant plus que je m’interrogeais sur un phénomène étrange : chaque fois que je laisse mon fils pour quelques jours, j’ai 2-3 jours de flottement : genre mal aux cheveux, un brin de nausée, l’idée même de la lumière et du bruit dehors insupportable.

Alors je reste chez moi, avec mon chat, Netflix et une pile de bouquins. Je grignote ce que je peux, j’essaie de ne pas oublier de boire, et 2-3 jours plus tard, je fonctionne à nouveau.

Je me souviens mon premier déclic sur le sujet. J’avais entamé un coaching avec Cécile Bonnet, et elle voulait comprendre qui j’étais. L’horreur pour quelqu’un qui ressent autant que moi le besoin de me cacher, mais bon, en même temps, j’étais là pour ça. À un moment, je glisse, un peu honteuse : « en fait, je suis plutôt introvertie ». Et Cécile, qui a dû sentir mon malaise, me répond « oh, c’est rien, ça, ça veut juste dire que tu as besoin d’être seule pour refaire le plein d’énergie ».

Bref, être introvertie, ce n’était ni une tare ni un défaut.

Lumière divine, musique céleste, vous connaissez le topo.

Comme il n’y a pas de hasard, dans les jours qui ont suivi, je suis tombée sur cet article du Huffpost, et d’autres du même acabit.

Oh, et comme ça expliquait tout ! Mon malaise aux rares événements networking auxquels je me traînais. Et quand j’allais passer quelques jours dans la très gentille, mais très nombreuse famille de mon mari. Mon peu de goût pour les endroits bondés, qui n’était pas de l’agoraphobie. Et pour le téléphone, aussi.

Rapidement, beaucoup de choses ont changé. J’ai commencé à ne plus répondre systématiquement au téléphone (aujourd’hui, les gens ont compris que le meilleur moyen de me joindre était par SMS ou messenger). Les moments où je me sentais vidée et débordée, j’étudiais mes interactions sociales des jours précédents. En général, j’en avais eu plus que d’habitude.

J’ai commencé à adapter mon emploi du temps, essayant de garder des jours « sans rien » toutes les semaines, et à prévoir des temps de récupération quand j’avais des périodes plus intenses socialement. Dès que je fais un écart, de toute façon, je le paie.

J’ai commencé à en parler autour de moi, à des gens qui me semblaient avoir le profil introverti. L’une de mes plus chères amies m’a dit « oh, mais je croyais que c’était juste moi ! » Ma mère a trouvé que ça expliquait bien des choses, à son sujet comme au mien. Elle comprend bien mieux que mon père que quand mon fils est en vacances chez ses grands-parents paternels, ça ne sert à rien de m’inviter « pour que tu ne te sentes pas seule ».

C’est que c’est compliqué à comprendre pour les gens qui ne fonctionnent pas comme ça. Pour des êtres aussi sociaux que mon père, je passe sans doute pour une sauvageonne socialement handicapée.

Ce n’est pas que je n’aime pas ma famille, mes amis, les gens en général. Loin de là.

Mais j’ai besoin de passer énormément de temps seule pour pouvoir fonctionner. Et seule voulant généralement dire seule avec mon fils, quand je me retrouve seule-seule, c’est la décompression en forme de gueule de bois assurée.

Rencontrer des gens en groupe m’est pénible : beaucoup de stimulation. Trop, pour peu que je sois fatiguée. Quand bien même je les connais tous et je les aime très fort.

Rencontrer de nouvelles personnes aussi, c’est compliqué. La petite conversation, avant de pouvoir s’engager dans les grands débats sur la vie, l’univers et le reste, comme beaucoup d’introvertis, je ne sais pas faire. Ça me panique et ça m’épuise.

L’équation rencontrer de nouvelles personnes à un événement de groupe, n’en parlons même pas. Aujourd’hui, si je n’ai pas quelqu’un que je connais déjà à ce genre d’événement, vous pouvez être sûr que vous ne m’y trouverez pas.

Oui, je sais, chers amis extravertis, c’est étrange, comme tempérament.

En même temps, c’est ça qui me permet d’être à l’écoute et d’entendre tellement de choses quand on se voit. Ça aiguise mes antennes.

C’est ce qui me permet d’avoir le jus créatif qui me manque un peu au bout de ces deux mois où j’ai peu eu l’occasion d’être seule, à l’exception de quelques jours de gueule de bois suivis de quelques jours où j’ai été à fond pour me rattraper.

C’est ça qui me permet de proposer des solutions et réflexions qui font mouche quand vous vous confiez.

Parce que je passe beaucoup de temps à l’intérieur de moi, à écouter ce que ma petite voix intérieure a à me dire. À dévorer livres, films et séries qui nourrissent mes réflexions, de préférence là où on ne l’attendrait pas. (Dédicace à Elo pour les discussions philosophiques sur The Conjuring.)

Quand je passe trop de temps en société, je n’entends plus tout ça. Ma petite voix intérieure ne parle pas assez fort.

C’est ça aussi qui me permet de guérir de mes blessures. Je suis lente, et très empathique. Oui, ne pas rester seule me permet de ne pas trop « y » penser. La psy de mon fils l’a très bien compris : « Vous vous occupez beaucoup de lui. Pendant ce temps-là, vous n’avez pas à vous occuper de vous. » (Lumière divine, musique céleste, tout ça.)

Oui, pendant ce temps-là, je n’y pense pas, mais elles ne s’en vont pas non plus. Et au bout d’un moment, elles prennent trop de place.

Alors, amis extravertis, ne m’en voulez pas, ni à mes comparses introvertis, si on ne répond pas à vos appels ou si on décline vos invitations : ce n’est pas personnel. Et ne vous inquiétez pas non plus pour nous.

On est juste en train de refaire le plein.

 

Photo Elizabeth Lies via Unsplash

4 réponses
  1. Cecile Bonnet
    Cecile Bonnet dit :

    Je crois que tu n’es pas « seulement » introvertie Eva mais ça c’est une autre histoire … Merci de rappeler la définition (et merci pour la mention ;-)). En effet, il s’agit de comment on recharge ses batteries. Moi je puise mon énergie au contact des autres (=mode extraverti) MAIS je déteste le bruit, la foule, les supermarché (qui cumule en plus une lumière artificielle), en groupe je préfère souvent observer plutôt que prendre la parole, surtout quand je ne connais pas les personnes et j’ai du mal à aller vers les gens (si si). Je crois en effet qu’on a longtemps dénigré le mode introverti pour les mêmes mauvaises raisons qu’on a valorisé le mode extraverti (et qui nous ont tout autant pourri la vie, en recrutement par exemple). Non les extravertis ne sont pas des clowns, qui ont la tchatche et peur de rien ! Et non les introvertis ne sont pas des timorés, qui manquent d’affirmation et de présence ! Les 2 modes ne sont ni des qualités, ni des défauts mais des modes de fonctionnement qui présentent des avantages dans certains contextes.

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  2. Eloïse F
    Eloïse F dit :

    Je conseille Quiet, The Power of Introverts in a World That Can’t Stop Talking, de Susan Cain, c’est très orienté pour les Américains (nation d’extravertis s’il en est), mais il y a des réflexions et des exemples très intéressants.

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  1. […] j’ai lu un billet sur un blog. Cela parlait du besoin d’être seule, de s’éloigner des autres, de ne pas supporter […]

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