La semaine de la chouine

La semaine de la chouine

Tout a commencé par une journée de la chouine assez banale.

Et pas très surprenante, vu l’actualité réjouissante de ces dernières semaines, et deux-trois trucs personnels absolument pas graves, mais qui m’ont bien remuée, plus que je ne l’aurais pensé.

J’en ai de temps en temps, des journées de la chouine. D’ailleurs, je commence à identifier mon schéma.

Souvent, le catalyseur, ce sont des actualités que j’ai du mal à digérer. Tellement de mal que je suis d’abord complètement dans le déni. Ce n’est pas possible qu’il se soit passé quelque chose comme ça à Orlando. Ou il y a quelques mois, ce n’était pas possible que David Bowie soit mort. Je me souviens de la rage avec laquelle j’ai fourré mon téléphone dans ma poche après avoir vu le message d’une amie qui me l’annonçait. Je lui en voulais de me raconter des conneries, c’était pas drôle.

Et puis, je commence à accepter. C’est là que commence la journée de la chouine. Je suis complètement à fleur de peau, je ressens colère et tristesse pour tout et n’importe quoi, ça ruine mon make-up, et je supporte moyennement la compagnie de cette espèce de loque qui passe son temps à s’essuyer les yeux. Sauf que je n’ai pas encore trouvé le moyen de partir en vacances loin de moi-même.

Heureusement, il n’y a pas que le moche qui me met en route. Il y a toutes les belles choses, aussi, et quelque part, je suis contente d’avoir déposé suffisamment de mon armure pour pouvoir verser des larmes d’amour et de gratitude. Surtout que j’ai la chance d’être fichtrement bien entourée , j’ai plein d’occasions de verser ce genre de larmes.

Puis, ne nous voilons pas la face, ça se prolonge, et la journée de la chouine devient la semaine de la chouine. Je me débarrasse de couches de colère, de tristesse et de peurs qui ne me servent plus. Merci merci, les filles, vous avez fait un super travail pour me protéger. Je sais que vous m’avez été utiles, vous faisiez partie de mon armure, celle dont j’avais besoin pour tenir debout et avancer.

Sauf que petit à petit, je la dépose, cette armure. Je sais que j’ai besoin d’être plus vulnérable pour avancer dans le monde. Sauf que, franchement, qui aime se retrouver à poil comme ça ? Ça demande un moment pour m’adapter.

C’est vrai, quoi. J’étais là, peinarde, à surfer sur une super vague de créativité, je kiffais ma life, et BAM, je me prends un rouleau en pleine tronche qui me renvoie sur la plage, un peu sonnée, révoltée contre l’injustice du monde, à fleur de peau, avec toutes ces émotions qui suintent par chacun de mes pores. En plus, j’ai perdu ma planche. Ça craint, non ?

Eh bien, pour frustrant que ce soit (et ça l’est, croyez-moi), non, ça ne craint pas. Parce que je l’ai identifié, le schéma. Je sais que je suis en train de comprendre quelque chose d’énorme pour moi. Je ne sais pas encore quoi, ce serait trop facile. Mais je sais qu’aussi brutalement que j’ai été jetée de ma planche, une nouvelle vague va me frapper. Une vague de révélations. Une épiphanie. Si je délaisse mon cher Moleskine jaune ces jours-ci (it’s not you, it’s me), je sais que dans peu de temps, je vais recommencer à noircir des pages et des pages avec tout ce que je viendrai de comprendre sur moi, la vie, l’univers et le reste. Mon grand 42.

Je ne chouine plus (trop). Et en attendant, j’essaie de prendre mon mal en patience. C’est difficile, ça.

Je suis de la génération du tout, tout de suite. La patience, je ne sais pas trop faire.

Je crois que c’est un des grands apprentissages que j’ai à faire de cette période de ma vie. (Et ça m’énerve.) Apprendre à attendre que les fruits soient assez mûrs pour les cueillir, parce que là, on ne voit même pas ce que c’est, comme fruit.

Apprendre aussi à respecter que pendant ce temps-là, je ne peux pas créer. Parce que je ne peux pas tout faire en même temps. Me nourrir, apprendre, absorber, et redonner, créer. Je ne peux pas retourner surfer alors que je dois rester près du feu dans ma caverne. D’abord, j’ai même plus de planche. Et puis, c’est mystique, le feu. Il brûle tout ce que mes larmes n’ont pas nettoyé, il réchauffe ma carcasse épuisée par les larmes, fait mûrir ce qui en a besoin, et quand je me laisserai suffisamment aller, à la lumière des flammes, je verrai ce qui m’était invisible jusque là. Et dans les flammes qui dansent, je verrai ce qui est bon pour moi. Ce dont j’ai besoin.

Je ne chouine plus, mais je ne peux pas encore retourner surfer. Je dois attendre dans ma caverne que mon feu se soit consumé jusqu’aux braises, et même que les braises aient refroidi, avant de pouvoir passer le foyer et sortir à nouveau.

Ce n’est pas confortable, mais c’est nécessaire. Pour l’heure, j’essaie d’être douce et gentille avec moi. Prévenante, comme je le suis quand je réconforte mes amis. De m’apporter les mêmes mots qu’à eux. « Tu ne peux pas tout le temps être à fond. Prends soin de toi. C’est toujours ça le plus important, mais en ce moment plus que jamais. Sois douce. Ralentis. Fais des pauses. Le travail sera toujours là plus tard, il ne va aller nulle part sans toi. Tu ne peux pas le faire si tu ne t’occupes pas d’abord de toi. »

C’est bien, en fait, les semaines de la chouine. Ça a le grand mérite de m’apprendre à me montrer de la compassion à moi-même.

 

Crédit photo : Volkan Olmez via Unsplash

0 réponses

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.