Lutter contre les zombies ne suffit pas

Régulièrement, je rêve de zombies.

J’ai longtemps mis cela sur le dos de Walking Dead, mais soyons honnêtes, cela fait des années que je n’en ai pas vu un épisode ou lu une bédé. Cela fait même longtemps que j’ai vu ou lu une histoire de zombies, quelle qu’elle soit. Les lubies finissent par passer.

Ce ne sont pas des rêves récurrents, ce n’est jamais vraiment la même chose. Par contre, ça se passe toujours de la même manière.

Ce sont des ersatz de rêves de poursuites. Vous savez, ces rêves où vous courez, courez pour échapper à quelqu’un ou quelque chose qui vous veut du mal. D’ailleurs, ça fait longtemps que je n’ai pas eu de rêves de poursuite génériques.

Je me suis toujours bien débrouillée dans mes rêves de zombies. Je trouve toujours des refuges sûrs, j’ai des gens avec moi pour m’aider, des alliés. Je ne suis pas faible pour autant. Au contraire. Je suis combative. Je suis ingénieuse. Et douée. Je fais tout naturellement.

Aussi, même si c’est stressant, je n’ai pas peur. Je suis stressée, mais je n’ai pas peur de me faire bouffer et de devenir un zombie à mon tour. En fait, c’est évident que ça n’arrivera pas.

En analyse des rêves, la question est apparemment de savoir qui est notre poursuivant.

Des zombies, donc. Horde sans visage, mais aux dents et à l’appétit féroces. Un visage pour tous. Perdus dans la masse uniforme. Toute individualité perdue. Tout sens de soi perdu.

Une horde prête à nous engloutir à tout moment.

Mon amie Sandra les appelle les Working Deads.

Les zombies cherchent tous la même chose. Ils ne réfléchissent plus depuis longtemps. Ils agissent sans penser, cherchent une gratification immédiate, même si cela signifie qu’ils foncent dans le mur ou dans le vide. Ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils font, mais ils le font allègrement.

Oui, fuir les zombies, c’est refuser de rejoindre la horde décérébrée, perdre ce qui me rend unique, devenir complètement apathique, sans émotion, sans rien, juste un instinct de survie destructeur pour moi comme pour le reste de l’humanité.

C’est aussi fuir ce qui ressemble de loin à la vie, sauf que c’est tout sauf ça, la vie. Se contenter de survivre, quel intérêt ? Avancer et tout détruire sur son passage sans réfléchir, non merci.

Ces hordes, donc, je les fuis. Je suis douée pour ça. J’ai la volonté nécessaire. Je trouve de la force dans le nombre, moi, la solitaire. Tout ça, c’est bien, mais si les rêves reviennent… c’est sans doute que ce n’est pas suffisant.

C’était tout l’intérêt que je voyais à Walking Dead à l’époque où je suivais encore : les zombies deviennent rapidement une partie du paysage. On fait en fonction d’eux, certes, mais on s’en accommode aussi. Des problèmes autrement plus graves surgissent ailleurs. On continue à vivre. On forme des communautés, des sociétés au fonctionnement inédit. Ou on reprend de vieux modèles flippants qui sur le coup semblent adaptés. Avec une efficacité et des desseins parfois discutables, mais voyez si une apocalypse zombie ne vous rend pas cinglé, vous aussi.

On ne se contente pas de survivre, on bâtit l’avenir.

L’important, c’est de rêver (même de zombies) et d’essayer.

C’est ce que je ne fais pas dans mes rêves de zombies. Je résiste, mais je ne reconstruis pas, je ne recrée rien. Je fais en sorte qu’ils ne nous attrapent pas, qu’ils n’entrent pas, je barricade les portes et les issues. Parfois, ce n’est pas suffisant, et mes camarades se transforment à leur tour. (Alors, il faut faire le nécessaire, et ce n’est pas drôle.)

Je lutte et je m’épuise dans la lutte, alors que je pourrais employer mon énergie à bâtir un monde meilleur. Je joue tout petit. Je me contente de survivre. C’est pour ça que je fuis.

Si je crée un monde meilleur, les zombies n’auront tout simplement plus leur place. Ils feront leurs trucs de zombies de leur côté, je ferai les miens avec mes potes sur la même longueur d’onde, on se croisera occasionnellement, mais c’est pas grave, je sais super bien leur résister. Peut-être même qu’on dansera ensemble.

Il est temps d’arrêter de fuir. Je suis dans un endroit sûr, maintenant. Je peux créer le monde que je veux, maintenant. En plus, je ne suis pas un Gouverneur ou un Negan. Je suis une hippie doublée d’une Bisounours, mais le monde a besoin de hippies doublés de Bisounours, surtout dans des périodes troublées comme la nôtre.

Ce qui manque cruellement, dans les histoires de zombies, c’est l’espoir.

L’espoir, c’est moi. Il ne me sert à rien de rester arc-boutée sur la porte pour la maintenir fermée, elle est déjà largement sécurisée. C’est gâcher mon talent et mon énergie.

Non, mon job à moi, c’est de créer une enclave d’espoir.

Alors, merci mes rêves de zombies de m’avoir permis de comprendre comme je jouais petit. J’avais bien compris que je ne rejoindrais pas la horde, mais pas que je ne faisais pas le nécessaire par ailleurs.

Vous pourrez revenir me voir si je recommence. Sinon, je n’ai plus besoin de vous.

 


Eva, prof de belle vie, aventurière de canapé, sorcière en chef

==> Toute cette réflexion (qui a dit capillotractée ?) n’est autre que de l’écriture spontanée un peu embellie pour publication… C’était tellement libérateur que je me suis dit que je devais partager, alors que ce n’était pas du tout ce que j’envisageais de vous raconter à la base.

==> Pour en savoir plus sur la libération par l’écriture, c’est par là !

Photo : James Willamor sur Flickr

 

2 réponses
  1. Sandra
    Sandra dit :

    Oh mais je ne l’avais pas lu celui-là, j’adore ! Merci pour la citAction 😉
    Je ne me souviens pas de mes rêves (David Lefrançois dit que parce que mes pulsions sont trop dark pour que mon cerveau en conserve des traces, c’est rassurant…), mais je me retrouve dans la sensation de rêve/cauchemar éveillé quand on suit ou fuit une masse qui n’est pas nous…

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    • Eva
      Eva dit :

      Avec plaisir ^^
      Je me rappelle d’un matin où je me suis réveillée d’un rêve particulièrement dark en pensant « franchement, si c’est pour faire des rêves comme ça, je ne veux pas m’en souvenir ! » Ça a été super efficace (et un peu déconcertant), je pense que pendant bien 2 ans je n’ai pas su de quoi je rêvais.
      Maintenant j’essaie d’aller pêcher des infos dans mes rêves, je me dis que me confronter à mon côté obscur en vaut bien la peine, malgré quelques rêves stressants 😉

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