Miroir, mon beau miroir

Miroir, mon beau miroir, dis-moi…

Non pas qui est la plus belle, car franchement mon cher, je m’en fiche comme d’une guigne. (Mes pattes d’oie et mes premiers cheveux blancs me donnent un air badass, et mon ventre flasque raconte l’histoire de mon fils, ça me va.)

Miroir, mon beau miroir, dis-moi… Que me renvoies-tu de moi ? Que j’aime, qui m’insupporte ?

Dans l’appartement où mon fils et moi avons entamé notre vie à deux, le seul miroir était, par je ne sais quelle bizarrerie, au fond d’un placard. Il fallait que je me contorsionne pour me voir. Et puis, au bout d’un moment, j’ai rempli le placard. (Bin oui !)

Je suis restée des semaines, probablement des mois comme ça.

J’étais trop à vif à l’époque pour le comprendre (ou comprendre quoi que ce soit, d’ailleurs), mais je crois que je ne supportais pas l’idée de voir le reflet de ma vie telle qu’elle était réellement.

J’ai fini par installer un miroir dans la salle de bain, mais en fin de compte, ce qui est intéressant, c’est que je me sois passée de miroir aussi longtemps alors que j’étais en pleine phase de déni, pas que j’ai finalement pu m’observer me brosser les dents. (En plus c’est très méta.)

Les miroirs les plus intéressants ne sont pas tant les vrais miroirs que ceux que la vie nous tend.

Les gens que j’ai envie de cajoler, et ceux qui me filent des boutons. Ceux qui me font rire et ceux qui m’inspirent. Les chansons dans lesquelles je me noie, les personnages de fiction pour qui je pleure, les aventures interstellaires qui m’emmènent loin au fond moi.

Ce qui me fait réagir, ce n’est pas tellement ce qu’ils sont en soi, mais ce qu’ils me rappellent de moi-même.

Alors, peut-être que je peux continuer à passer la journée entière à discuter (ce n’est jamais du temps perdu), puis la nuit entière avec cette histoire qui m’arrache le cœur. En mon âme et conscience, je digère tout cela, et quand je lève à nouveau la tête, je me rends compte qu’un autre miroir déformant a volé en éclats, et que dans ce nouveau miroir, je vois un peu mieux qui je suis vraiment. Le bon comme le moins valorisant.

Couche après couche, je me dépare de tous ces artifices dont je m’étais grimée pour paraître, aux yeux des autres et surtout aux miens. Je me dénude devant ma psyché.

Psyché ! Tout de même, ça ne s’invente pas !

Maintenant que j’y pense, je n’ai aujourd’hui toujours pas de miroir en pied… Qu’est-ce que ça me dit sur moi ?

Mais ça ne me manque pas. La prochaine personne à qui je parlerai, le prochain livre que j’ouvrirai, la prochaine chanson que je fredonnerai seront tout aussi révélateurs. (J’ai passé le week-end à écouter ça, avant de me rappeler que ça parlait de deuil. Intéressant, pour un week-end d’anniversaire mélancolique.)

Moins de ventre, plus de zones d’ombre et de lumière, c’est tout.

Elles sont intéressantes, ces zones d’ombre. Comme les cheveux blancs et les pattes d’oie. Quand on commence à vraiment les regarder, on brise le miroir aux alouettes, les illusions dont on se berçait pour se protéger de l’obscurité que nous abritons tous.

C’est vraiment noir quand le miroir nous renvoie notre obscurité, nos défauts, nos peurs, nos lâchetés. Ne les ignorons pas, mais n’oublions pas non plus qu’un miroir qui renvoie la lumière est éblouissant.

Ne nous laissons pas impressionner par nos zones d’ombres : elles disparaissent quand on y braque la lumière.

Et ne nous laissons pas éblouir par notre propre lumière : elle ne fait que révéler qui nous sommes vraiment.

Nous jugeons tellement sévèrement l’image que nous renvoient nos miroirs, toujours trop ci et pas assez ça, au lieu de voir tout ce qu’on est déjà. Heureusement, ceux qui nous aiment sont infiniment plus bienveillants envers nous (comme nous sommes infiniment plus bienveillants envers eux qu’ils ne le sont eux-mêmes).

J’aimerais tellement que vous vous voyiez comme je vous vois… parce que d’ici, la vue est canon !

 

Crédit photo : Pexels

 

 

6 réponses
  1. Sandra
    Sandra dit :

    Magnifique, et très profond, tu soulèves plein de points extrêmement intéressants et méta, comme cette « psyché »… (la mienne est tombée du mur, qu’en penser ?!)
    J’en rajouterai un, effervescient, cérébral : nos neurones miroirs, ceux qui font qui vont réagir autant à nos actions qu’à celles de ceux que l’on observe, la clé de l’empathie.
    Les miens sont tout pétillants de te lire <3

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  1. […] ne pas me laisser toucher quand, parfois, ça arrive, on me fait une crasse. Nous sommes tous les miroirs de quelqu’un, et quelqu’un d’autre sera notre miroir en […]

  2. […] peine avais-je posé un point final à mon article sur les miroirs (le jour même, en fait), la vie m’en tendait un nouveau. J’ai envie de dire un […]

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