Plus vite, plus vite, plus vite !

Ces jours-ci, je me fatigue moi-même.

Il y a une partie de moi qui voudrait aller vite vite vite. Sauf que je sais que je ne suis pas une rapide. J’ai de nombreux talents, mais pas celui-là. Je me fatigue vite, je jongle avec pas mal d’assiettes, et il me faut beaucoup de temps pour moi. À une époque, je me sacrifiais dans le process. Quand je me faisais passer en dernier. Quand j’essayais de me convaincre que j’étais une machine. (Rigole pas, je suis convaincue qu’une part de moi le croyais… Et toi ?)

Dans ma tête, les choses vont très très vite. C’est une machine qui marche bien, ça. Je relie super vite les points.

Sauf que matérialiser tout ce qu’il y a dans ma tête ne se fait pas tout seul. (À moins que ce ne soit qu’une croyance de ma part ?)

Matérialiser mes idées, mes projets, prend du temps. Ne serait-ce que parce que je passe beaucoup de temps à écrire, et qu’écrire prend du temps et de l’énergie. En plus, j’écris à la main, alors si je ne veux pas que ça reste dans mon carnet, ça prend encore plus de temps.

Les émotions, n’en parlons même pas. Le temps que ça me « tombe dans les tripes » et que j’intègre vraiment ce que ma tête a compris depuis longtemps me semble interminable. Frustration.

Je voudrais faire toujours plus, toujours plus vite. Et ça ne me rend pas service.

Quand j’ai attaqué ma vie pro il y a une douzaine d’années (oh !) on utilisait déjà pas mal Internet. Je trouvais ça tellement facile, pratique, rapide, que je me faisais souvent la réflexion : « ils faisaient comment, avant ? »

J’étais recruteuse dans un gros groupe d’intérim. Une demande ? Hop, quelques mots clés, et j’avais une liste de candidats, déjà souvent connus de nos services. Pas assez de candidats ? Je passais une annonce sur Internet, et les candidatures pleuvaient dans l’heure.

Pif, paf, pof, fastoche.

C’était comment, avant, quand tu ne pouvais compter que sur les gens qui avaient déposé leur CV dans ton agence ? Et quand tu n’avais personne, comment tu les trouvais ? Oh, c’était possible, hein. Ils ont fait comme ça pendant bien plus longtemps qu’avec Internet. Juste, ça prenait plus de temps. Ça demandait plus de patience.

Je suis complètement accro à Internet. Tu te rends compte comme c’est formidable ? Tout ce que tu peux avoir à disposition en à peine quelques minutes ?

Je ne sais pas toi, mais moi, je crois que ça m’a rendue impatiente. Déjà que je n’étais pas très patiente à la base…

Ah, et aussi, je me remplis comme une boulimique. Parfois, je peine à me rappeler ce que je faisais, quand j’étais ado, avant d’avoir Internet. (Pour moi, le miracle du modem 56K, c’était les années lycée.)

Je lisais. Des livres de la bibliothèque, de l’imposante collection de mes parents (je sais, la chance), des vide-greniers, parfois, truc de ouf, acheté à la Fnac ou à la librairie. Je regardais des films. Mes parents avaient un beau budget VHS et Canal+. Parfois, même, je louais une cassette. Je dessinais (pas très bien, mais j’aimais ça). Je tenais mon journal. J’inventais des histoires. Je disséquais des chansons, allongée par terre. J’allais voir mes copines. On goûtait, on louait des films, on passait des heures à errer sur les routes de nos petites bourgades résidentielles pas encore hyper urbanisées.

Je ne sais pas. C’était plus lent. On attendait un an que le film pas vu au cinéma sorte en cassette. On courait les librairies pour trouver LE livre. (Non, je ne commandais pas. Ça exigeait de parler à des gens, ça va pas la tête ?)

Tout s’est accéléré avec Internet, et mon côté impatient et mon cerveau qui pense vite ont un peu pété les plombs, je crois. Je suis devenue aussi impatiente qu’un nourrisson qui se rend compte qu’il a faim et qui a l’impression qu’il va crever si on ne lui colle pas un sein dans le bec à la seconde.

Et ça m’embête. Vraiment.

Je voudrais réapprendre l’oisiveté. Je voudrais réapprendre à prendre mon temps. À m’ennuyer. À savoir attendre. À me dire que j’ai le temps pour rêver et créer.

Avec toute la facilité et la rapidité d’Internet, chez moi en tout cas, il y a ce besoin que tout aille vite et soit facile, même si mon cerveau qui pense vite a bien compris que ça ne se passait pas comme ça.

Ça fout une sacrée pression, non ? À tout faire super vite et super bien, que ça marche super vite et super bien. Et ça me frustre, aussi. Intensément. Je sais que ma frustration n’est pas légitime. Mais il faut encore que ça me tombe dans les tripes.

**
Eva, sœurcière au ralenti

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Allez, essaie de passer un week-end à la cool même si c’est pas le week-end idéal pour ça <3

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