5 histoires du conteur derrière l'arbre

5 histoires du conteur de l’autre côté de l’arbre

Voilà un article un peu différent… Le résultat d’un exercice d’écriture qui, comme souvent, n’a pas du tout donné ce que j’en attendais. La consigne : imaginer qu’on est adossé à un arbre. De l’autre côté de l’arbre, un conteur est lui aussi adossé. Lui demander de nous raconter cinq choses. Bien entendu, c’est mieux si ça va vite et que ça ne passe pas par le cerveau !

Cher conteur de l’autre côté de l’arbre, voici cinq choses que j’aimerais que tu me racontes…

J’aimerais que tu me racontes l’immortalité.

J’aimerais que tu me racontes les ténèbres.

J’aimerais que tu me racontes la poursuite de l’arc-en-ciel.

J’aimerais que tu me racontes les graines qui germent et s’épanouissent.

J’aimerais que tu me racontes le cœur apaisé.

[Ça commence bien, je ne sais pas d’où viennent la moitié des sujets.]

Je ne vois pas le visage du conteur, mais j’entends son sourire dans sa voix. Je l’entends allumer une pipe. La fumée a un arôme doux, blond. Une odeur de plante et de terre.

Tu connais l’immortalité, mais tu ne t’en souviens plus. 

Dès qu’on arrive dans le corps physique, on oublie ce qu’est l’immortalité. On est contraint de vieillir. On voit son corps se faner, cesser de fonctionner petit à petit, devenir de plus en plus douloureux.

On oublie l’immortalité quand on arrive dans le corps physique, car on le laisse mourir à petit feu. Sais-tu pourquoi ? Parce que vivre dans quelque chose d’aussi dense, d’aussi lourd qu’un corps peut être insupportable.

Te souviens-tu ce monde où tu n’avais aucun effort à faire pour que tout ce à quoi tu pensais se réalise ? Où tout se réalisait à mesure que tu le pensais ? C’était doux, simple, fluide. Tu n’en as pas vraiment le souvenir, mais les sensations te restent. C’est ça qui est tellement frustrant pour toi.

L’immortalité est une notion douloureuse pour toi, car tu n’arrives pas à la détacher du corps physique. L’idée de l’immortalité t’horrifie, car tu imagines vivre toujours dans la matière.

Tu es immortelle, mais tu ne vis pas toujours dans la matière. Tu viens y vivre des aventures par intermittence. Et puis, tu meurs à ton corps physique, et tu reviens à l’immatérialité et l’immortalité. Parfois même, tu t’échappes de ton corps mortel pour revenir visiter ce monde plus léger que tu aimes tant, celui où tout va aussi vite que tes pensées, le temps d’un rêve.

Le secret, c’est que tu es déjà immortelle, et aussi que tes pensées peuvent se matérialiser beaucoup plus vite que tu ne le crois dans le monde matériel.

Les ténèbres sont une part de toi. Une part de nous tous.

Nous redoutons les ténèbres, car nous redoutons ce qui s’y tapit.

Ce qui s’y tapit, le plus souvent, ne peut te nuire. Ce sont juste des aspects de ta personne que tu redoutes, que tu dois apprivoiser. Comprends les origines de tes ténèbres, et elles s’éclaireront instantanément.

Tu n’as pas à redouter les ténèbres. Ce n’est que la part de toi que tu as à amener à la lumière. Embrasse-la, écoute-la, chéris-la. Elle t’effraie, mais elle est là pour toi. Les ténèbres te permettent de te révéler et de grandir. Il ne peut y avoir de lumière sans les ténèbres. La lumière a besoin du contraste.

Tu cherches la lumière comme un papillon de nuit. Cherche-la au plus sombre de tes ténèbres : c’est là qu’elle brille le plus fort.

Peut-être est-ce cela, la poursuite de l’arc-en-ciel.

Mais tu préférerais une allégorie, n’est-ce pas ? Une aventure.

L’arc-en-ciel est fluide, mouvant, visible à un moment, disparu le suivant. On dit que des trésors se cachent au pied de l’arc-en-ciel, mais qui a déjà vu le pied de l’arc-en-ciel et est revenu pour le raconter ?

Ceux qui trouvent le pied de l’arc-en-ciel ne repartent jamais. Sais-tu pourquoi ?

Non, ce n’est pas à cause de l’or et des joyaux. Ce n’est pas non plus à cause des gardiens du trésor. Car oui, il y a bien un trésor au pied de l’arc-en-ciel.

Veux-tu savoir ce que c’est ?

Ceux qui trouvent le pied de l’arc-en-ciel se rappellent d’où ils viennent. Ils se rappellent leur nature divine. Ils se rappellent qu’ils ne font qu’un avec l’ensemble de l’univers, que chaque atome de l’univers est aussi le leur.

Ceux qui trouvent le pied de l’arc-en-ciel ne reviennent jamais pour en parler, car ils deviennent l’arc-en-ciel.

On croit à tort que l’hiver est la morte-saison.

En fait, l’hiver est la saison où le vivant se prépare à son renouveau.

Oui, tu espérais que je te parle du printemps quand tu m’as demandé de te parler des graines qui germent et s’épanouissent. Mais il est impossible de commencer par là.

L’hiver te semble une fin, mais l’hiver est un commencement. La fin d’un monde est le début d’un autre, pas vrai ?

En hiver, les graines se reposent. Elles prennent les forces nécessaires pour revenir à la vie. Comme toi lorsque tu n’es pas dans ton corps mortel. Elles assimilent tout ce que le cycle des quatre saisons leur a apporté. Elles en tirent leurs forces. Elles tirent leurs forces des épreuves. Les graines ont parfois besoin du froid pour pouvoir s’épanouir. Les arbres ont parfois besoin d’être coupés court pour pouvoir foisonner.

Tu vois cet arbre contre lequel nous sommes adossés ? Non, bien sûr, tu ne le vois pas, il est dans ton dos. Mais tu sens son écorce rugueuse à travers tes vêtements, sous la peau de tes doigts. Tu ne t’en rends pas compte, mais ton corps sent la sève qui circule. Elle bat à l’unisson avec ton propre sang.

La sève ne s’arrête jamais de circuler. Comme ton sang. Comme ton énergie. Parfois, elle ralentit, pour que l’arbre se mette au repos, pour qu’il prenne tout le repos dont il a besoin. Sous l’écorce, invisible à tes yeux mortels, il prépare l’explosion du printemps et la richesse de l’été. Pas de feuilles, pas de fleurs, pas de fruits sans cela. Ne méprise jamais l’hiver. Ne le sous-estime jamais. Ne sous-estime jamais les hivers de ta vie. C’est là que se préparent l’explosion de tes printemps et la richesse de tes étés.

Enfin, le cœur apaisé.

C’est la somme de toutes ces histoires, pas vrai ? Tu ne t’en rendais pas compte, mais tu ne les a pas choisies par hasard.

Le cœur apaisé a embrassé ses ténèbres. Le cœur apaisé ne craint pas son immortalité ni la mortalité de son corps. Le cœur apaisé ne redoute plus ses hivers. Le cœur apaisé fait un avec l’arc-en-ciel.

Le cœur apaisé a cessé de lutter pour se contenter de battre. Le cœur apaisé a cessé de s’agiter. Il se contente d’être. Il contemple l’immortalité et la mortalité, les ténèbres et la lumière, les quatre saisons, l’arc-en-ciel. Le cœur apaisé ne les juge plus, ne décide plus que la lumière vaut mieux que les ténèbres, et l’été que l’hiver. Il leur reconnaît à tous la même importance.

Le cœur apaisé a cessé de se battre. Le cœur apaisé a cessé de vouloir faire à tout prix. Le cœur apaisé bat. Le cœur apaisé est. Le cœur apaisé vit.

Le conteur se tait. Je l’entends rallumer sa pipe en pomme de pin. Une fumée bleue et odorante m’entoure. Sous mes doigts, je sens l’herbe, l’écorce de l’arbre. Je ne me retourne pas. Je n’ai pas besoin de le voir. J’effleure sa main. Je sais qu’il sourit.

 

Crédit photo : Alexander Mils via Unsplash

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