Aventurière de canapé

Je suis une aventurière de canapé.

Bon, c’est un peu ironique, parce qu’en ce moment, ma maison, la Villa Carambar, est en travaux, et je n’ai pas de canapé. Donc, ces jours-ci, je suis plutôt une aventurière de fauteuil. Voire une aventurière de mon lit, mais je ne voudrais pas que vous vous fassiez des idées.

Au fond de mon âme, je sais que c’est ce que je suis. Une aventurière de canapé.

J’ai 34 ans, et j’ai vécu mille vies. Et je compte bien en vivre quelques milliers d’autres avant de tirer ma révérence.

Oh, bien sûr, j’ai vécu quelques aventures dans « la vraie vie ». Je me suis allongée à même le bitume pour enfin apercevoir le sommet des tours jumelles new-yorkaises, quelques années avant que leur chute ne change la face du monde. J’ai chanté du Queen avec mon fils alors qu’on filait comme le vent dans un traîneau tiré par des huskies. J’ai passé plusieurs jours dans un gymnase qui sentait les pieds et la pisse pendant qu’un ouragan ravageait la Floride. Un dénommé Voldemort m’a enfermée sur mon balcon pour me punir.

J’ai épousé un homme merveilleux. Je suis devenue mère. J’ai créé mon entreprise. J’ai découvert, à la dure, que perdre l’un des êtres qu’on aime le plus au monde ne signifie pas forcément qu’on va à son tour en mourir de douleur.

Ou plutôt, si. Notre ancien soi meurt, et un nouveau soi naît. Toute mon admiration à tous les bébés du monde, parce que bordel, c’est chaotique, c’est dégueulasse, c’est terrifiant, et c’est douloureux.

Mais je digresse. Je disais donc : je suis une aventurière de canapé.

Parce que oui, tout cela m’a transformée, et au bout du compte, mis bout à bout, tout cela fait qui je suis aujourd’hui. Mais ce n’est pas tout.

Mes aventures, je les vis aussi, et peut-être surtout, un livre à la main (avec toute une pile à côté de moi), ou devant un film, ou en griffonnant dans mon fidèle carnet. Parfois même simplement en fixant pendant, qui sait, peut-être des heures, la page du bouquin que j’ai entre les mains, pendant que mon esprit carbure, se questionne, cherche, comprend, se pose de nouvelles questions, fait des découvertes, râle ne ne pas les avoir notées, découvre, imagine, crée mille nouveaux mondes, mille nouvelles vies.

Et aujourd’hui, je m’engage à ne plus me voiler la face. C’est ça qui me fait kiffer. Dans « la vraie vie », j’ai vécu de sacrées aventures, mais celles que je vis sur mon canapé ne me font pas moins vibrer.

Alors que je renais, blottie sur mon canapé (bon, OK, mon fauteuil), braillant et vociférant parfois comme un nouveau-né qui ne comprend pas ce qui lui arrive, jour après jour, je crée ce monde qui est le mien. Et d’autres aussi, parfois.

Certains aspirent à pouvoir travailler n’importe où. Moi aussi, mais je ne cherche pas à aller bien loin. Dans mon canapé, j’ai toutes les clés en main. Dans mon canapé, je peux aller où je veux et faire ce que je veux.

Et je ne vais pas me priver. L’appel de l’aventure, c’est irrésistible, non ?

2 réponses

Trackbacks (rétroliens) & Pingbacks

  1. […] Mon canapé, mon carnet, mon chat, mon plaid, un café fumant et odorant. Le silence, cette qualité de silence unique, propre aux jours de neige des contes de fées, quand tout le vivant préfère rester bien à l’abri, bien au chaud. Mon minuscule jardin, mon mouchoir de poche qui m’émerveille chaque saison, chaque jour. […]

  2. […] n’était certes pas ma première aventure de canapé (je suis née avec ça dans le sang, que voulez-vous), mais c’en est une […]

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.