Prends-tu toute la place nécessaire ?

Salut à toi ! Si c’est ta première visite ici, tu voudras sans doute jeter un coup d’œil à 7 jours pour mieux t’aimer, le programme gratuit qui remet un peu d’amour dans le quotidien des femmes sous pression ! Love-toi bien 🙂

Mais quel silence étourdissant, Eva ! Qu’as-tu fait pendant ces longs mois ? Tu as disparu de la surface de la Terre, et pas seulement de Facebook ?

Non, non, non, ma très chère ! L’été a certes été étrange, mais j’étais surtout très occupée à écrire un livre. (J’écris un liiiiiiivre !!!!)

Revenir à soi (Histoires, rêveries et méditations sur l’amour de soi) sortira le 2 octobre. Pour être sûre de ne pas rater sa sortie, tu peux t’inscrire à mes mots doux ici.

Tu n’en peux plus ? Allez, rien que pour toi, un extrait !!!

Je me suis mise à mon compte après la naissance de mon fils. Et pendant quelques années, l’introvertie en moi s’est réjouie d’échapper à l’open space, et aux ordres et directives que j’avais parfois du mal à comprendre.

« Eva, on ne dit pas au client que ça va être difficile de lui trouver un comptable.

– Mais on a déjà trois demandes similaires, et on n’a pas réussi à proposer un seul candidat ! »

(Oui, dans ma première vie professionnelle, j’ai fait du recrutement.)

J’étais bien à travailler toute seule chez moi, sans un bruit, à faire du réseau derrière mon écran, à voir des amies régulièrement, mais pas trop souvent. Je récupérais de mes années de bruit et de fureur en open-space, et de mes nuits forcément trop courtes de jeune parent.

Puis, à un moment, j’ai eu envie de changer d’air. Où pouvais-je emmener mon bureau mobile pour trouver un nouveau souffle, une nouvelle inspiration, alors même qu’on commençait seulement à parler des premiers espaces de co-working parisiens ?

(Air, souffle, inspiration, de toute évidence, je cherchais à respirer.)

Facile : j’irais travailler au café. J’avais des laps de temps tous désignés, pendant les activités de mon fils, maintenant en maternelle, ou le mercredi matin.

Je me mis en quête d’un repère, d’un café sympa, agréable, décontracté, pas trop bruyant.

Oh, et j’en trouvai ! Mais mes heures de liberté commençaient furieusement à ressembler à la quête du Graal.

Je finissais par m’installer sur un banc public, frissonnant un peu, même emmitouflée dans mon gros manteau. Si j’étais bien disposée envers moi-même, je choisissais un banc avec une jolie vue sur le lac d’Annecy, ma ville de l’époque.

Et quand je me faisais violence (violence !) et m’installais dans un joli café, devant un délicieux cappucino servi par un fort aimable serveur, je me sentais nerveuse, empruntée, pas à ma place, et honteuse de sortir mes stylos et mes carnets.

Ce qui était censé être une récréation, une gâterie, était surtout une source de stress.

Il a fallu des changements dramatiques dans ma vie pour que la roue tourne et que je comprenne le problème.

Mai 2014. Je viens de perdre l’homme avec qui j’avais juré de rester jusqu’à ce que la mort nous sépare. (Personne ne m’a demandé de le jurer quand on s’est mariés, pas comme dans les films, mais je me le suis promis. Et somme toute, c’est ce qui s’est passé. Ça a juste été beaucoup plus court que ce que je me figurais.)

J’erre pendant des heures, groggy, abrutie, dans Rouen, ma ville natale où je viens de revenir, essayant de raccrocher la réalité. Ça ne marche pas terrible. Et je fais des chutes de tension, des malaises qui m’obligent à m’asseoir, de préférence devant un jus d’orange, ou une limonade, quelque chose de frais et sucré, jusqu’à ce que je reprenne mes esprits. Parfois, je pars quand je me sens mieux. Parfois, je sors un livre (que je n’arrive pas à lire) ou un carnet. Parfois, je reste juste le temps de finir mon verre, et parfois, je m’installe le temps qu’il faut. Sans gêne, cette fois.

Il m’a fallu longtemps pour comprendre ce qui avait changé. (Et accessoirement, admettre une certaine anxiété sociale.)

Ce qui avait changé, c’était qu’en étant « obligée » de m’accorder une dose de sucre frais, j’étais devenue légitime.

Parce qu’avant cela, j’avais peur de déranger les serveurs, qui avaient déjà suffisamment à faire avec leurs vrais clients.

Euh, attends une seconde, Eva, tu peux répéter ? Leurs vrais clients ? Et toi, tu n’es pas une vraie cliente ? Tu ne paies pas pour qu’on t’apporte ton café à ta table ? Comme on fait dans les cafés, quoi ! Qu’est-ce qui fait que tu serais moins légitime qu’un autre pour commander un café ?

Je n’ai aucun argument logique à opposer à cela. Simplement, je n’osais pas prendre de place. Je me faisais toute petite, la plus petite possible, petite souris qui courait se réfugier dans un trou.

Bien sûr, c’est un exemple un peu extrême. Le fin mot de l’histoire, c’est qu’on a toutes des moments, des situations où on ne s’autorise pas à prendre toute la place qu’on peut, qu’on veut. Des choses qu’on ne s’estime pas légitime de faire. Et si on nous demandait pourquoi, on rougirait jusqu’aux oreilles en se rendant compte, à mesure qu’elles passent notre bouche, que nos raisons ne tiennent absolument pas la route.

Dans le même genre, j’ai récemment dit à mon frère que je ne voulais pas le déranger, qu’il fallait que… [j’ai fini ma phrase, mais j’ai eu honte parce que j’avais pris conscience de ce que je voulais dire avant la finir] que la famille passe avant. Il a soupiré en secouant la tête et m’a traitée de banane. C’était justifié.

Le fin mot de l’histoire, donc, c’est que parfois, on ne se sent pas légitime, pas assez bien pour quelque chose, et que c’est uniquement une croyance qui vit dans notre tête. De la même manière qu’une orange fasciste s’estime tout à fait légitime pour être président du monde.

Je pense que c’est particulièrement vrai en France, où il faudrait absolument un diplôme pour faire n’importe quoi. Et particulièrement vrai pour les femmes, à qui on apprend très jeune à tenir leur place, et il suffit de regarder un catalogue de jouets pour voir quelle place nous est réservée. Et pour parler de choses que je ne connais pas directement, si la couleur de la peau, la religion, les préférences sexuelles ne sont pas « la norme ». (Que je déteste ce mot ! Gardez-le pour les normes industrielles, merci.)

À l’heure où j’écris ces mots, je ne me sens absolument pas légitime pour écrire un livre. Ce sont les écrivains qui écrivent des livres. Les écrivains qui écrivent un mot après l’autre. Comme moi, quoi. Donc, je respire un bon coup, et j’écris un livre. (J’écris un liiiiiiivre !!!)

Alors, où ne t’autorises-tu pas à prendre toute la place dont tu as besoin ?

Quand ne t’autorises-tu pas à participer à la conversation ?

Quand recules-tu, quand ne fais-tu pas quelque chose, quand ne te permets-tu pas de t’installer à cette jolie table de ce joli café parce que, je ne sais pas, quelqu’un d’autre pourrait vouloir la place ?

Pourquoi mériterais-tu moins qu’une autre de prendre cette place ?

Aujourd’hui, je me prends encore parfois à vérifier qu’il y a suffisamment de place pour ne priver personne avant d’entrer dans un café.

Puis je me rappelle que j’ai autant le droit que n’importe qui de m’y installer. Que la seule légitimité dont j’ai besoin, c’est vouloir un café et pouvoir le payer. Et je me commande ce qui me fait envie, je sors livres, feutres et carnets, et je vis ma vie.

Je ne vais pas laisser les vilaines petites voix dans ma tête prendre le contrôle, quand même !

*Crédit photo Sophie Baboolal via Unsplash

Eva

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