Pourquoi c’est si dur de demander de l’aide

Cela faisait un moment que ça me tournait dans la tête.

Au moins six mois. Probablement plus. Mais je trouvais toujours de bonnes raisons de repousser. J’avais besoin d’aide. Et un peu d’air. J’avais suffisamment tourné les choses dans ma tête pour trouver LA solution. Et j’étais sûre à 99,8 % que ça passerait comme une lettre à la poste, parce que tous les partis y trouvaient leur compte.

La semaine dernière, j’ai pris mon courage à deux mains. Ça m’a pris tout l’après-midi pour me décider. J’ai même cru que j’allais partir, une fois de plus, sans oser. Mais merde aux vilaines petites voix dans ma tête ! J’ai demandé à mes parents s’ils pouvaient prendre mon fils à dormir de temps en temps, même si je n’avais rien de spécial de prévu.

« Bien sûr, ma chérie, on commence cette semaine ? » m’a répondu ma mère avant de carrément me donner mon week-end.

(Ça été la folie, vous n’imaginez même pas. Merci Môman, merci Pôpa.)

C’est étrange, parce que j’avais beau être convaincue de leur réponse avant de poser la question, je m’étais préparée à devoir argumenter. Pour que des grands-parents et leur petit-fils passent du temps en tête-à-tête. Bien sûr.

La seule personne avec qui j’ai dû argumenter (longuement), c’était moi.

Et au bout du compte, tout ce que les vilaines petites voix dans ma tête m’opposaient, c’était lié à ma valeur.

Si je demandais de l’aide, je n’étais plus férocement indépendante. (Férocement ? Féroce, moi ?)

Si je demandais de l’aide à mes parents, j’étais dégueulasse de leur coller un fardeau sur le dos. (Mon fils, un fardeau ?)

Si je demandais à avoir un peu de temps sans mon fils, j’étais, forcément, une mauvaise mère. (Horrible.)

Non, mais à la limite, si j’ai un truc O-BLI-GA-TOIRE, et encore. Mais là, pour pouvoir souffler et créer ? (Ouais, c’est vrai, c’est atroce.)

C’est vrai, quoi, je ne suis pas à plaindre, après tout. (Et c’est parti.)

Je ne vais pas pouvoir me plaindre comme ça toute ma vie. (Vous avez vu où que je me plaignais ?)

Non, il faut que je fasse toute seule. (C’est écrit où ?)

Même si mon fils finit par me sortir par les yeux alors que je sais qu’il est mignon. Ça, c’est parce que je suis une mauvaise mère. (Encore ?)

Et puis je suis une mauvaise fille, aussi. (Ah bin oui, c’est logique.)

C’est pas comme si j’étais débordée. (Définissez débordée.)

Bon, merci beaucoup de vous inquiéter pour moi, les vilaines petites voix, mais non merci.

Merci, mais non merci, parce que tout ça, ce n’est pas une question de mérite.

Pourtant, c’est ce que vous avez l’air de dire. Que je ne mérite pas d’aide.

Et aussi, que recevoir de l’aide, c’est conditionnel. Ça se mérite.

Ça en dirait presque autant sur ce que vous pensez des autres que sur ce que vous pensez de moi, dites donc, les petites voix. Et c’est pas joli joli !

En gros, vous êtes en train de dire que je ne suis pas assez bien. Qu’être moi ne suffit pas. (Et que bien sûr, que les gens me jugent. Au moins aussi durement que vous.)

Vous êtes vraiment un sacré ennemi, les petites voix. À peine vous coupe-t-on une tête que deux repoussent. Et vous êtes suffisamment vicieuses pour que je ne me rende pas toujours compte que c’est vous qui parlez, et non pas la raison.

La raison ne s’attaque jamais à notre valeur intrinsèque.

(Mais vous imitez sacrément bien sa voix.)

Demander, donc, n’est pas lié à notre mérite.

« Dis, tu peux me prêter un stylo ?

– Oh là, tu n’es pas férocement indépendante, là !

– Ah non, quelle mauvaise mère de stylo tu fais !

– Pour quoi faire ? Ça en vaut peine, au moins ?

– Est-ce que tu mérites vraiment d’avoir un stylo ? »

Sérieusement, on vous a déjà répondu ça ? (Si c’est le cas, le problème ne vient pas de vous, promis !)

Mieux encore : celui qui vous le prête, ce stylo, il vous aide vous, mais il va aussi contribuer, au hasard, à l’œuvre que vous êtes en train de créer, au chèque que vous êtes en train de signer pour soutenir une cause importante, à l’accord de paix que vous préparez à signer, à votre avenir d’astronaute, parce que ça demande un paquet d’études et un paquet de notes.

Ou juste à noter ce numéro de téléphone utile, ou à faire des dessins qui amusent les gamins qui s’ennuient.

Et puis, si on ne demande pas… eh bien, on n’obtient pas.

Et alors, on fait quoi, les petites voix ?

Si on ne demande pas un client s’il veut nous acheter notre produit, il n’achète pas.

Si on ne demande pas un prêt pour acheter une maison, financer son entreprise ou son projet, le banquier ne viendra pas frapper chez nous pour nous dire « dites, vous ne voudriez pas emprunter x mille euros, par hasard ? »

Si on ne demande pas l’augmentation, la promotion, le job, il nous tombe rarement dessus par hasard.

Si on ne lui demande pas, à il ou elle, s’il veut passer un moment ou toute la vie avec nous… eh bien, si ça se trouve, il ou elle n’ose pas nous demander non plus, et nous allons être très malheureux tous les deux.

Au pire, on nous dira non.

On nous dira non, je ne peux pas garder ton petit, et on trouvera d’autres solutions auxquelles on n’avait pas encore pensé.

On nous dira non merci, je n’achète pas, et on passera d’autres clients qui nous conviennent mieux.

On nous dira non, je ne vous prête pas d’argent, et on se lancera dans une super campagne de crowdfunding.

On nous dira non, vous n’aurez pas cette promotion, et on se cassera voir si l’herbe est plus verte ailleurs.

On nous dira non, je n’ai pas envie d’être avec toi, et on soignera son petit cœur blessé, et on tombera amoureux ailleurs. (Et non, ça veut toujours dire non. Oui, j’insiste, mais c’est important.)

On nous dira non, je ne te prête pas de stylo, et on signera ce contrat pour faire un disque de death metal avec notre sang, de toute façon, ça claque plus comme ça.

Soit on nous dit oui, et les choses se passent comme on en avait envie (ou pas, mais c’est une autre histoire). Soit on nous dit non, et 99 % du temps, il y a une autre solution qui nous attend ailleurs. (Sans doute meilleure.)

Dans tous les cas, on sait. Et dans tous les cas, ça ne dit rien de notre valeur. On est assez.

(On sait et on est assez ! Je suis une poète qui s’ignore !)

Je vous laisse avec un de mes TED talks préférés (au point d’avoir lu en boucle le bouquin qui en a découlé l’an passé, et même dormi avec lui.)

 

 

Crédit photo : Jonathan Simcoe via Unsplash

 

 

1 réponse

Trackbacks (rétroliens) & Pingbacks

  1. […] Je sais quoi faire, je sais à qui demander de l’aide. Je ne le fais pas toujours. […]

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire