La vie d’artiste

J’ai barré une ligne de ma bucket list.

(Enfin, je n’ai pas vraiment de bucket list formelle. Mais si un jour j’en fais une, je m’assurerai que cela y figure, déjà barré.)

Tout ça pour dire que j’ai vu le Rocky Horror Picture Show au cinéma.

Depuis quelques mois, je retrouve le cinéma, avec qui j’ai jadis vécu une belle histoire d’amour. J’y vais environ une fois par semaine, toute seule, et je ressors toute neuve d’avoir décroché de la vraie vie et de ses tracas pendant deux heures. Rien à voir cette fois (encore que) : j’ai sorti les bas résille, je me suis barbouillé de plus de maquillage que j’en mets habituellement en un mois, et je me suis joint à une faune tout aussi joyeuse que moi.

Je n’avais pas revu le film depuis longtemps. (J’avais la VHS, mais je ne suis pas sûre d’avoir regardé une VHS au cours de ce millénaire. Je vous en prie, pour le coup de vieux, ça me fait plaisir.) Et je crois que je l’ai mieux aimé. D’abord, peut-être, parce que j’avais un âge un peu plus adapté (pfff, Maman avait raison), et surtout, je crois, parce qu’une bonne partie du spectacle était aussi dans la salle. Qui sait si je redanserai un jour, le Time Warp ou autre chose, dans une salle de ciné ?

Je pourrais disséquer le film, vous parler de la liberté d’être soi même si on n’entre pas dans le moule, du fait qu’on peut se surprendre soi-même quand on sort de sa zone de confort pour essayer quelque chose de différent, ou de don’t dream it, be it. (Sérieux, la Fox fait un reboot du film – parce que c’est ce qu’il nous manquait, un reboot de plus – mais à part peut-être dans des microsociétés underground, on ne fait plus de films comme ça. Totalement dégénéré, totalement improbable. Faisons plutôt un autre reboot.)

(Vous en avec marre de mes parenthèses ?)

Je pourrais aussi disséquer le phénomène. En tant qu’amatrice de cinéma bis et de success-stories, je me régalerais.

Mais en fait, alors que je regardais un Tim Curry mieux maquillé que je ne le serai jamais chanter, justement, Don’t dream it, be it, je me suis interrogée sur la vie d’artiste. (Et d’entrepreneur, parce que dans ma tête, tout entrepreneur est un peu artiste, et tout artiste est un peu entrepreneur.)

À quel moment s’était-il dit que c’était une bonne idée de faire ce film ?

(Et la pièce de théâtre avant. Oui, j’ai fait mes recherches.) Qu’est-ce qui l’avait convaincu que ce rôle de savant fou complètement drama queen qui passe son temps en porte-jarretelles à chanter des trucs délirants, c’était ce qu’il lui fallait ? Ce dont il avait besoin à ce moment de sa vie ? Que c’était pour lui ?

Genre « Maman, grande nouvelle, je vais interpréter un Docteur Frankenstein travesti dans une comédie musicale d’horreur décadente, c’est le rôle de ma vie ! »

Ce qui n’est pas si loin du compte, finalement. Il a lu le scénario, et il s’est dit que si ça marchait, ça allait être énorme.

40 ans que le film est projeté un peu partout dans le monde, faisant de lui une figure culte de la contre-culture. (Tiens, c’est cocasse, comme phrase.) CQFD.

Parfois, on a cette intuition qu’on tient quelque chose. Ça semble complètement improbable, carrément barré. Si on laisse le mental et le rationnel s’en mêler, il y a toutes les chances qu’on le mette de côté, qu’on le balaie d’un revers de la main avec un ricanement désabusé. Franchement, à quoi pensait-on ? N’importe quoi.

(Je ne sais pas comment il a présenté cela à ses parents, mais à mon avis, s’il le leur avait annoncé comme ça, il ne l’aurait jamais fait. C’est marrant, on loue toujours la prise de risque, mais dès qu’il s’agit de quelqu’un qu’on aime, on freine des quatre fers. Instinct de protection, quand tu nous tiens…)

Bien sûr, ça n’a pas besoin d’être aussi barré que cela. Ou, disons, que Felix Baumgartner sautant dans le vide à près de 40 000 mètres du sol.

Non, ça peut-être quitter ce job, ou ce mec, ou alors faire un gosse, ou monter sa boîte, ou écrire ce livre, ou que sais-je. Tout de suite, c’est plus parlant, non ?

Alors, c’est quoi, cette idée qui vous titille ? Ce saut dans le vide, ce Frankenstein en porte-jarretelles ? Ce truc un peu fou et carrément flippant qui vous fait kiffer, dont vous n’arrivez pas à vous débarrasser ? Qu’est-ce qui vous fait dire, dans les moments où vous vous laissez aller à rêvasser, que si ça ne marchait pas, au pire, ce serait fun ?

Par exemple, ma copine Marielle fait les meilleurs biscuits du monde (et les plus beaux). Et ma copine Virginie organise des mariages geeks de folaïe. Et moi, c’est décidé, j’écris tout ce qui me passe par la tête, ici, et dans ce roman que je n’ai plus envie de lâcher.

Souvent, on en parle. Souvent, on doute. Mais surtout, on s’amuse.

Bien sûr, au pire, on se plantera. Mais au mieux, dans 40 ans, on sera cultes. Et entre temps, au moins, on aura kiffé nos vies.

3 réponses
  1. Marielle
    Marielle dit :

    Rrhhhooo je ne l’avais même pas lu !!! Pas encore…je me le réservais… ahahaahaa merci ma douce eva pour ça et le saut dans le vide que je m’apprête à faire…Le truc qui me titille depuis des mois

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Trackbacks (rétroliens) & Pingbacks

  1. […] dansé costumée dans un cinéma où était projeté le Rocky Horror Picture Show. (Ça m’a inspirée.) J’ai chanté sous la pluie. (Et on m’en parle encore.) On n’est pas obligé […]

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