allow

Se donner la permission, et plus encore

L’an passé, donc, c’était l’année du fun. Et après ce petit bilan d’une année mouvementée, on m’a demandé : et cette année, alors, c’est quoi, ton mot ?

C’est toujours un peu la même chose, la démarche pour le trouver. Je devrais presque dire la non-démarche. À un moment, au dernier trimestre, je sens que je commence à avoir fait le tour de mon mot. Il va rester encore un petit moment, le temps de finir l’année, le temps de faire la transition. Parfois, j’ai cherché fort, je cherchais ce que je devais vouloir, ce à quoi je devais aspirer.

Bien entendu, ça ne marche pas comme ça. J’ai l’impression qu’à chaque fois, mon mot me trouve, plutôt que je ne le trouve moi. Il s’impose comme une évidence. Une fois qu’il a pénétré dans mon esprit, il n’en ressort plus.

Cette fois, il est venu à moi avant même que je ne commence à chercher. Je l’ai croisé en rêvassant sur Pinterest. Je me suis dit que ce serait un bon mot pour une année. Il n’est plus reparti.

Quand je me suis faite à l’idée que c’était lui, j’ai pourtant cherché à le contourner. Après tout, il était en anglais, je pourrais quand même lui trouver un équivalent français, non ?

Allow.

Allow, allow… non mais allô, quoi, t’étais traductrice, et tu sais même pas parler français ?

Moui. En fait, je n’ai pas trouvé de mot français derrière lequel je mets autant de choses que je mets derrière allow. En plus, c’est mon guide à moi, j’fais c’que j’veux.

Allow, allow, raconte-moi tout, qu’as-tu à me dire ? Bien sûr, il y a la question de (se) permettre, de (se) donner la permission, mais ça va beaucoup plus loin que ça, n’est-ce pas ?

Eh oui, il y a la question du contrôle, ce satané contrôle, celui qui t’empoisonne.

Allow, c’est permettre aux (bonnes !) surprises d’arriver jusqu’à toi, au lieu d’essayer de contrôler que tu vas faire ça et que ça va se passer comme ça. (Recette ordinaire pour des déceptions extraordinaires.)

C’est laisser toute la place nécessaire à ton intuition et à tes envies, tes en-vie, puisque de toute façon, elles sont liées, vu que tu es en vie.

C’est laisser toute la place nécessaire à tes émotions, agréables et moins agréables, au lieu de les réprimer par peur de souffrir. Parce que toutes les émotions, même les moins agréables, ont leur utilité. (Résister à ses émotions : recette ordinaire pour un désastre extraordinaire.)

Allow, c’est laisser les gens t’approcher, te toucher, corps et âme, t’aider. Parce que souvent, tu ne les laisses pas faire, alors qu’ils ne voudraient pas autre chose que te donner un peu d’amour. Tu les aimes, mais ils t’aiment aussi ! (Promis, tu peux quand même jouer les sauvages et passer des journées entières toute seule chez toi.)

Allow, c’est accepter de te laisser traverser par tout ça. Par la vie, les émotions, les fulgurances, les idées, l’amour. Les laisser te traverser, juste te traverser, pour ensuite les transcender. Tu ne peux pas les transcender si tu ne les laisses pas te traverser.

Allow, c’est accepter d’être vulnérable. C’est accepter d’offrir ta peau tendre, sensible, fragile, sans craindre systématiquement d’être blessée. Pour toutes ces fois où les poils de ta peau si tendre et si sensible se dresseront parce que t’es laissée toucher par un instant de grâce.

Allow, c’est enfin laisser ta carapace de côté. Tu n’en as plus besoin, tu n’as plus besoin de te protéger de tout et n’importe quoi, du monde entier, à commencer par toi.

Allow, c’est laisser faire. Laisser les gens parler, laisser les gens faire leurs trucs, laisser les gens s’agiter. C’est accepter que je n’ai pas à m’agiter moi aussi. C’est ne pas me laisser toucher quand, parfois, ça arrive, on me fait une crasse. Nous sommes tous les miroirs de quelqu’un, et quelqu’un d’autre sera notre miroir en retour.

99 % du temps, les crasses, ça n’a rien à voir avec nous, avec qui nous sommes. Ce ne sont jamais, ou presque, des affaires personnelles. 99 % du temps, quand on laisse faire, on voit tout ce qu’on a à apprendre, sans (trop) juger, et on grandit comme le haricot magique de Jack. (Prendre les choses personnellement : recette ordinaire pour un désastre extraordinaire.)

Allow, avec ce tout petit peu de pratique que j’ai déjà, je me rends compte que souvent, c’est arrêter de faire. Arrêter de faire ce qui n’a pas de sens, pour mieux se consacrer à ce qui en a tellement plus. C’est laisser toute sa place à ce qui est vraiment important.

Allow, c’est lâcher prise. Lâcher prise, sauter dans le vide, voir le filet ou l’avion qui se construisent pour toi, autour de toi. Si ça se trouve, tu n’en as même pas besoin. Peut-être, comme Indiana Jones se préparant à marcher dans le vide, vas-tu te rendre compte que le pont a toujours été là. Il ne te manquait qu’un tout petit peu de foi pour le voir.

Allow, c’est faire de la place pour ce petit peu de foi, en toi, et en la vie, en ce que la vie te réserve. C’est presque une prière. S’il te plaît, la vie, amène-moi des merveilles, je te promets de m’en émerveiller. (Recette ordinaire pour une joie extraordinaire.)

Allow, c’est apprendre à recevoir, aussi. Les cadeaux de la vie, l’aide qu’on nous offre, les compliments. Laisser sa fierté de côté, cesser de vouloir croire qu’on peut tout faire tout seul, qu’on n’a besoin de personne. Accepter de recevoir l’amour qu’on nous témoigne.

Allow, c’est laisser la magie de la vie se déployer. Tu y crois, alors laisse-la faire. Laisse les miracles déferler dans ta vie.

Alors, voilà. Permettre, je trouve ça tellement strict, tellement réducteur. Avec allow, j’ai le monde entier, que dis-je, l’univers qui se déroule devant mes yeux.

 

Crédit photo : NASA via Unsplash

 

 

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