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10 mai 2014 – 10 mai 2017

10/05/14 - 10/05/17

Ma très chère Eva du 10 mai 2014,

Tu as l’impression que ton monde vient de s’écrouler. En fait, il vient d’exploser. Dispersés aux quatre vents, tes moindres repères !

Une petite voix te souffle à l’oreille « c’était pas le plan… mais ça va aller ». Fais-lui confiance.

Tu n’as pas la moindre idée de ce que tu ressens, je sais. Tu viens de te réfugier très loin à l’intérieur de toi. Seul moyen de survivre au choc, sans doute. Tu vas y rester longtemps, là, à l’intérieur de toi. Au moins un an avant que tu ne commences timidement à t’aventurer un peu à l’extérieur.

Je sais que tu es terrifiée. Mais sache que ta peur va devenir une de tes meilleures alliées, un de tes meilleurs indicateurs.

Laisse-moi te raconter ces 3 ans qui nous séparent…

C’est violent, ce que tu traverses. Incroyablement violent. D’ailleurs, 3 ans plus tard, je/tu/nous avons toujours cette espèce d’incrédulité, presque curieuse aujourd’hui…

Comment une chose pareille a-t-elle pu arriver ? Dans 3 ans, tu sauras que cette question n’a pas de réponse, et que de toute façon, elle n’est même pas intéressante. Au même titre que la question qu’elle masque : pourquoi ?

C’est violent. Tout change autour de toi, tu n’as quasiment rien à quoi te raccrocher. Fini, le chez-vous tout neuf que vous veniez d’acheter. Tu n’y remettras les pieds que le temps d’attraper l’essentiel : quelques vêtements, les papiers que tu triais méticuleusement à l’époque (désolée, tu vas beaucoup m’en vouloir), l’album photo, of course, quelques bouquins in-dis-pen-sables, des doudous, en fait. Et ton chat, qui n’a pas encore mauvaise réputation. (Tu vas découvrir que la notion de deuil et de déracinement chez les chats, tout le monde s’en fout.)

Retour chez tes parents (décision qui sera prise pour toi, mais que tu ne regretteras pas) avec ton fils et ton chat, avant de louer, très vite, un appart-maison de poupée, parce que tu ne supporteras pas. Tu ne supporteras pas grand-chose pendant longtemps.

Tu reprendras très vite, trop vite le travail. Tout le monde te dira que ça te fera du bien. Tu n’en croiras pas un mot (à raison). Tes clients sont peu nombreux, mais extrêmement fidèles. Ils vont te suivre et te soutenir, tu vas faire de ton mieux, même si ton mieux restera peu. Tu te diras que c’est normal que tu n’aies plus le goût, mais que ça reviendra.

Le fait est que ça ne reviendra pas. Ça t’insupportera de plus en plus. Mais tu vas t’y accrocher longtemps. Un an. Avec de moins en moins de goût, et de moins en moins de talent, ou peut-être de patience.

Week-end de Pâques 2015. Tu pleureras d’épuisement et de frustration, la tête douloureuse depuis des semaines, en traduisant ton dernier document. Un rapport sur comment faire des rapports en s’appuyant sur des rapports. Le truc qui révolutionne le monde.

Tu te diras que tu vas prendre quelques semaines. Puis quelques mois. Tu te diras que tu vas passer de la traduction commerciale à la traduction littéraire.

En septembre de la même année, tu annonceras, à la psy qui te suivra depuis un an que tu ne veux plus faire ce métier que tu pensais exercer jusqu’à ta mort. Ce sera toi la première surprise.

En fait, avant même que notre monde n’explose, tu commençais déjà à faire des plans pour faire évoluer ton entreprise et ta vie. Des plans auxquels tu ne donneras pas suite. D’une, parce qu’ils étaient finalement complètement à côté de la plaque, même si je persiste à dire que c’était bien, juste pas pour toi. De deux, parce que tu vas consacrer toute ton énergie à survivre à la journée, puis à la nuit, puis à nouveau à la journée.

Parfois, je me dis qu’à cette époque, nous ne devions pas être loin de mourir. Peut-être étions-nous déjà mortes à l’intérieur, et en sommes-nous revenues.

Ce qui te soutiendra, c’est l’invisible. L’invisible qui te fascinait tant quand tu étais gosse, et que tu as balayé d’un revers de la main en t’entourant de cartésiens purs et durs.

Puisque rien ne marchera, puisque ton corps se révoltera et que les anxiolytiques que tu goberas comme des bonbons quand tu feras des crises aiguës n’y changeront rien (désolée, mais tu n’as pas encore touché le fond, ma belle), tu iras voir ailleurs. Prête à tout essayer pour que ta vie redevienne supportable.

Aujourd’hui encore, tu n’avoues que du bout des lèvres et à un public choisi… Mais toutes ces personnes liées au monde de l’invisible, Sandra, Karina, Kim, Amel, ce sont elles qui te feront avancer à pas de géante, qui te sortiront de ton trou, te ramèneront dans la vie, et te révéleront à toi-même.

Pendant un temps, tu croiras d’ailleurs vouloir en faire ton métier… tout en sentant, une fois de plus, que tu es à côté de la plaque. C’est comme traduire : tu sais faire, et plutôt bien, mais c’est loin d’être ton tout.

Début 2016, tu clameras « fini le deuil, c’est mon année ». Tu vas être déçue. Parce qu’on ne déclare pas un deuil officiellement fini. Et parce que oui, ce sera ton année. Mais pas comme tu l’imagines. Ce sera celle où enfin tu apprendras à t’aimer, te respecter, t’écouter, et prendre soin de toi.

Tout ton travail avec l’invisible te permettra de te réconcilier avec une part importante de toi-même. À ce moment-là, et à ce moment-là seulement, tu auras toutes les pièces du puzzle en main (ou presque, mais suffisamment). Il ne te restera « plus qu’à » les assembler. Tu vas essayer dur, bille en tête. Tu n’auras pas de modèle. Tu essaieras d’assembler des pièces qui ne vont pas ensemble.

Des amies sœurcières te souffleront la dernière pièce. « Je crois que tu devrais être un peu plus gentille avec toi » sera ta phrase préférée de cette année-là.

Eurêka ! Tu auras bien compris que tu dois t’aimer, mais pas ce que ça implique. De te respecter et d’être une amie pour toi.

Dans le même temps, tu commenceras, enfin, à partager tes écrits pour de bon. Tu créeras un blog. Avec juste ton prénom. Tu seras perplexe sur tes noms pendant un bon moment. Tu te chercheras. Tu vas voir, tu vas enfin apprécier ton nom de naissance !

Tu te réconcilieras enfin avec toi-même. Tu te respecteras enfin (je me répète, mais c’est important). Je sais, ça semble incongru. Mais tu verras, ça change tout.

Tu essaieras encore très fort de faire ce que les gens attendent de toi. Pire : ce que tu crois qu’ils attendent de toi.

Tu constateras, comme quand tu voudras devenir énergéticienne, que ça ne marche pas comme ça.

Tu vas découvrir que ce qui fonctionne, ce qui touche les gens aux tripes, c’est quand tu te contentes d’être toi et de faire ce qui te passe par la tête. (L’invisible, encore.)

Tout simplement.

C’est fou, hein ?

C’est la leçon que je/tu/nous sommes en train d’apprendre. Émerveillement !

Tu vois, en partant dans les étoiles, ton homme, celui qui te gâtait tellement, te laisse une quantité de cadeaux dont tu n’as pas encore conscience.

L’amour de toi.

La liberté d’être enfin toi toute entière.

Bien sûr, là où tu es pour l’instant, cachée loin, très loin en toi, tu ne peux pas le voir. Ça doit te sembler de la science-fiction. Complètement irréel. Comme tout le reste, d’ailleurs…

Ça va te demander beaucoup de carburant d’âme.

Mais tu verras : dans 3 ans, tu auras conscience que tu n’échangerais pas une seule seconde de ta vie. Même les plus dures. Celles qui t’amènent là où nous sommes aujourd’hui, ce 10 mai 2017. Celles qui t’amènent à toi toute entière.

Je t’embrasse fort, et je t’envoie plein d’un amour beaucoup plus sincère que tu ne peux l’imaginer.

Eva, le 10/05/2017

Pourquoi les petites voix dans ta tête sont-elles aussi méchantes ?

Parfois, les petites voix dans ma tête sont méchantes.

Déjà qu’elles ne la ferment à peu près jamais, il faudrait en plus que ce soit pour me dire que je suis nulle, que je n’y arriverai pas, que j’assure pas un kopek, que ce que je fais ne sert pas à grand-chose, et qu’en plus, j’ai un gros cul ? Ah, et trouve-toi un vrai job !

Merci, mais non merci, les filles. Pas besoin d’ennemis quand on a de tels refrains dans la tête.

(En plus, j’te f’rais dire que je perds mon pantalon.)

Parfois, ça me met dans un tel état de stress que je me mets à tout noter.

Et crois-moi, jamais je n’irais dire des choses pareilles à une amie.

Ou à un inconnu. Ni même à quelqu’un que je n’aime pas, tiens.

Quand je commence à écouter ce que les vilaines petites voix dans ma tête ont à dire sur ma vie, ça peut rapidement devenir très violent.

Maintenant, j’essaie d’y être attentive. Ça ne veut pas dire que le discours s’est totalement arrêté, hein. Mais au moins, ça ne dure pas. Et je n’y accorde plus (trop) de crédit. Je me dis « tiens, c’est les vipères, les connasses, le censeur. »

Comme je te le disais la semaine dernière, ces petites voix, pour désagréables qu’elles soient, sont là pour une bonne raison : te protéger.

Mais… Comment ça te protège de te dire que ce que tu fais est nul et que tu as un gros cul ?

Tends un peu plus l’oreille. Écoute un peu plus attentivement. Avec tes tripes. (Oui, je sais, c’est horrible.)

Tu la reconnais, cette petite voix ? Identifies-tu à qui elle appartient ?

Non, ce n’est pas la tienne.

Il y a de bonnes chances qu’elle appartienne à quelqu’un qui t’a fait du mal. Qui t’a déjà dit ça, ou quelque chose d’approchant, ou que tu as compris comme ça. Même avec toutes les meilleures intentions du monde.

Ce sont les voix de parents, de professeurs, de mentors, de supérieurs, d’amis ou d’ « amis ». Qui t’ont critiquée avec plus ou moins de bienveillance.

La critique a touché une corde sensible.

Et tes petites voix te le répètent pour que tu n’aies pas à souffrir à nouveau en commettant à nouveau un « impair ». Tout simplement.

Tu vois, je t’avais dit que sous couvert de méchanceté, elles ne voulaient que ton bien.

Résultat… tu ne fais pas ce truc qui te fait vibrer ou qui t’amuse. Ou alors, en secret. Comme un plaisir coupable. Tu tournes ce que tu aimes à la dérision. Tu dis que ce n’est pas grand-chose, pas très important. Que c’est nul.

Et tu ne mets surtout pas de short.

Moi, ça me fend le cœur.

Parce que si ça appelle ton cœur, c’est important. Si tu écoutes les vilaines petites voix apeurées dans ta tête, tu tournes le dos à une part de toi. Une part essentielle.

Julia Cameron parle beaucoup de ce sujet. Comment les critiques de tout crin, les critiques « constructives », brisent les artistes naissants. Ça me renvoie aussi beaucoup à mon apprentissage de mère, mon apprentissage professionnel, mon apprentissage de femme.

Quelle pollution ! Quel gâchis !

Laisse-moi te raconter ce à quoi j’aspire pour toi.

Ce que je voudrais, c’est que tu fasses fi de ces petites voix toxiques. Je sais que tu ne les feras jamais totalement taire. C’est comme se battre contre l’hydre de Lerne. Coupe-lui une tête, et deux repoussent. Alors, économise tes forces : à moins qu’elles ne te paralysent totalement, contente-toi de les ignorer.

En fait, il y a des chances qu’une fois que tu auras identifié à qui appartient cette petite voix en particulier, que tu auras tout remis en contexte, elle te fichera la paix.

Elle aura perdu son pouvoir.

Dis-lui « Oh, je sais pourquoi tu me dis ça. Je sais qui tu es. Merci de vouloir me protéger. Mais je vais le faire quand même. »

Elles finissent par se lasser de s’égosiller et par la mettre en veilleuse.

Tu peux aussi leur dire qu’elles ont tort. Toi, tu trouves ton projet fantastique. Et tu te sens super bien en short.

Court-circuite-les.

Elles vont se trouver bien bêtes quand elles verront qu’elles n’ont plus tellement d’influence. Et quand elles vont voir comme tu es fabuleuse, elles vont être vertes !

Et puis, cultive un discours plus bienveillant envers toi-même.

Parle-toi comme à une amie. Même si au début, ça te semble artificiel. De toute façon, à chaque fois que tu vas sortir un peu de ta zone de confort, de nouvelles vipères vont pointer leur tête, et tes mots doux pour toi-même vont te sembler artificiels.

Tu t’en fiches. Fais-le quand même. Crois au pouvoir de la répétition. À force, tu vas finir par y croire.

Crois-moi, quand j’ai commencé à m’écrire tous les matins « je m’aime et je prends soin de moi », ça me faisait doucement rigoler. Sauf qu’aujourd’hui, si je l’écris toujours, c’est parce qu’inévitablement, ça me met le sourire aux lèvres.

Comme je le disais ici (enfin, en citant Mike Dooley), « thoughts become things ». Les pensées deviennent des choses.

Les mots sont tellement puissants. Et nous, on oublie qu’on a tous cette magie à notre disposition.

Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. (C’est pas moi qui le dis, c’est l’oncle Ben de Spiderman.) Tu as un super-pouvoir : fais-en bon usage.

Construis de l’amour plutôt que de la peur.

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Pas facile de te parler gentiment ? Je sais. La prise de conscience est super dure. Amorcer le changement encore plus. (Chasse le naturel et il revient au galop.) C’est dur, de s’aimer. En plus, on ne sait pas toujours à quoi ça sert. (Début de réponse ici.)

C’est pour ça que je t’invite à t’inscrire à 7 jours pour mieux t’aimer, le challenge tout doux tout bienveillant pour remettre un peu d’amour dans le quotidien des femmes sous pression.

On commence le 17 avril. Tu viens ?

 

Crédit photo : Oscar Keys via Unsplash