Le KonMari des émotions

Quand j’ai décrété que cet été serait l’été du self-love, je m’imaginais vaguement un été de paillettes, soleil, coquillages et crustacés.

Vu la météo, le soleil, c’était un peu naïf (ce qui me va, au fond), mais depuis que j’ai découvert que mon fils aimait les crevettes autant que moi, on s’est fait quelques orgies. Néanmoins, il faut que je me rende à l’évidence.

S’aimer soi-même, ce n’est pas de tout repos.

J’aurais beau préférer que tout ne soit que luxe, calme et volupté, me traiter comme une amie, ce n’est pas m’envelopper dans du coton et me bercer d’illusions. C’est peut-être moins difficile, mais à long terme, ce n’est pas viable. C’est même plus destructeur qu’autre chose.

L’un des gros morceaux pour moi en ce moment, c’est de faire face à toute la tristesse et à tout un tas d’émotions qu’on ne voit pas comme positives que j’avais enfouies en moi ces dernières années. Je cherchais à me protéger de choses que j’estimais trop lourdes à porter. J’étais pleine de bonnes intentions.

Et peut-être que j’avais raison, d’ailleurs. Peut-être que j’avais besoin de digérer certaines choses et d’en comprendre d’autres avant de me lancer dans ce grand chantier.

Je ne sais pas si c’est le bon moment. Je ne sais pas s’il y a un bon moment. Quoi qu’il en soit, c’est le moment où il m’apparaît qu’être une bonne amie pour moi-même, c’est commencer à évacuer tout ce chagrin enseveli en moi depuis longtemps.

Alors, c’est le bordel. C’est parfois chaotique. Ce n’est pas fun tous les jours.

Mais je suis en train de faire de la place pour le fun et pour le reste.

S’aimer soi-même, ce n’est pas se chouchouter et se gâter, comme on gâterait un enfant parce qu’on culpabilise de ne pas lui consacrer assez d’attention. Pas que. C’est aussi chercher le courage et les ressources pour affronter sa part d’ombre. Ce qu’on a au fond de nous qui nous pourrit, qui nous ronge. Ce qui ne nous sert plus. Et ce n’est pas facile tous les jours.

Mais contrairement à certaines époques où j’ignorais royalement tous ces poids que je portais et qui m’étouffaient, où j’essayais de me convaincre que ça allait aller, et oui, même, regarde, en fait, ça va déjà (je n’étais pas dupe, mais qu’est-ce que je voulais y croire !), eh bien, cette fois, je n’ai pas envie de tout plaquer et d’aller me siffler des cocktails à Honolulu. Parce que tout planquer dans un placard, ça ne change rien au bordel.

Une thérapeute à qui j’avais confié comme j’étais désemparée quand on me demandait comment j’allais, peu de temps après que ma vie a basculé, m’avait suggéré de répondre « ça ne va pas, mais ça va aller ». J’ai essayé quelques fois, mais ça ne m’avait pas convaincue. Sans doute n’y croyais-je pas vraiment. J’ai vite renoncé. Mais aujourd’hui, ça me parle.

Parce que j’ai conscience que cette période troublée est une véritable période de changement. Mes disques imaginaux sont en train de bouger.

Ou plus simplement, c’est comme quand on fait le grand ménage de printemps.

Au fond, j’applique la méthode KonMari.

Mais si, vous savez, la magie du rangement selon Marie Kondo. C’est à la mode, non ? Faut dire qu’elle tient quelque chose, la nénette. Et puis, j’avais adoré passer ma bibliothèque à la moulinette KonMari.

Vous voyez ce moment où on vide toute une armoire par terre, et où on a des piles de bordel jusqu’aux genoux ? On ne peut pas vraiment marcher, on joue à Indiana Jones entre les piles. Parfois, elles s’écroulent, et on dit des gros mots. C’est encore le meilleur moyen d’y voir clair et de pouvoir trier. On garde précieusement ce qui nous est encore utile (ou nous met en joie, selon KonMari). Et avec le reste, on remplit de grands sacs-poubelle. Tout ce qui nous pourrit, nous ronge, ne nous sert plus.

(Il y a peut-être une métaphore sur le recyclage des vieilles émotions, mais là, ça ne me vient pas. Pas plus que les refourguer à Emmaüs. KonMari jusqu’au bout des ongles.)

Je ne suis pas très femme d’intérieur. J’ai horreur de ranger et de faire le ménage. Pourtant, quand me prend la lubie de faire du tri, je suis à fond. Et je jette facilement. Très peu de « ça peut toujours servir » chez moi.

Alors, voilà. En ce moment, je vide les placards, et j’ai de vieilles émotions, de vieux souvenirs, de vieilles croyances jusqu’aux genoux. C’est la phase où ça ne se voit pas encore que je suis en train de faire le ménage, celle où c’est pire avant d’être mieux. (S’il vous plaît, dites-moi que je ne suis pas la seule à qui ça arrive ! Cœur avec les mains.)

Celui où ça peut être un peu décourageant, quand on mesure tout ce qu’on a encore à faire avant d’en voir le bout. Avant que ce soit tout beau. Comme quand je fais le grand ménage, j’ai parfois des moments de découragement où j’ai plus envie de m’asseoir avec un bon bouquin et une citronnade que de m’attaquer au bordel. Au bout d’un moment, on n’y voit plus clair.

Bouquin. Citronnade. Et puis, je reprends mon grand ménage.

On dit qu’en feng shui, il est essentiel de laisser de la place pour que l’énergie puisse circuler. D’ailleurs, quand j’ai trié les affaires de mon homme, une amie m’a dit qu’énergétiquement, c’était un pas important, que je faisais de la place pour toutes les bonnes choses à venir.

C’est exactement ce que je suis en train de faire dans mon intérieur-intérieur. Je fais de la place dans mes émotions.

Je feng-shuite mon âme.

Alors, oui, c’est le bordel : je suis en train de vider mes placards et de tout examiner. Et oui, parfois, ça me décourage un peu. Mais ça ne dure jamais longtemps.

Surtout, je suis en train de faire de la place.

Parce que m’aimer, ça passe par m’offrir un bel intérieur avec plein de place pour que l’énergie circule.

5 réponses
  1. Magaly
    Magaly dit :

    Oh ma douce Eva, oh que carne parle !!
    Je ne connais pas la méthode Kon Mari, mais je l’ai pratiquée à plusieurs reprises. Et souvent après des changements de vie.
    Il est d’ailleurs prévu dans mon programme du mois d’août de tirer 2 placards… Et je me vois bien au milieu de mes piles d’affaires en mode Indiana Jones

    Quelle belle place tu fais en toi, chez toi… Se belle énergie va venir te remplir. Tu es un être d’amour, tu es amour. Ça va te faire beaucoup de bien.

    Je t’embrasse bien fort, avec toute ma tendresse, pour un été selflove

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    • Eva
      Eva dit :

      Oui, c’est vrai, tout ce tri intérieur correspond à des envies de tri extérieur aussi 🙂
      Et ça fait de la place, clairement, les envies, les idées, la joie reviennent… là où il y a seulement 15 jours il n’y avait pas encore de place pour elles 🙂
      Bon tri à toi aussi !!!
      Plein de bisous et d’amour <3

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  1. […] je veux bien faire konmari, mais je n’ai jamais rien eu de l’ascète reclus dans sa grotte, ni du moine dans sa […]

  2. […] je résiste, ça donne un été éprouvant, même si je vois bien qu’il fallait en passer par […]

  3. […] KonMari a fini par avoir raison du chaos ambiant. Mieux encore, des solutions à des questions qui me turlupinaient depuis longtemps sont apparues. […]

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