La machine infernale

Parfois, on a l’impression que la vie nous jette dans une machine à laver.

On est secoué dans tous les sens, complètement étourdi, complètement sonné. Et la seule chose à faire, c’est attendre la fin du cycle.

Depuis mon dernier billet (un mois déjà ? Non ? Si), j’ai eu l’impression de passer à l’essorage. Et il me semble – il me semble ! – que la machine est en train de sonner pour me prévenir qu’elle a terminé. Bip !

Je suis encore un peu sonnée. J’attends de voir si elle ne va pas en remettre un petit coup, histoire de dire.

Il faudrait vraiment que je file la métaphore de la machine à laver, parce que ça va beaucoup plus loin que la blague (haha, je suis tellement spirituelle), ou que de dire que parfois, la vie, ça secoue.

J’ai bel et bien l’impression de terminer un cycle de ma vie. (Et tant mieux si c’est bien le cas, ces dernières années ont été éprouvantes.) Et j’ai l’impression de m’être nettoyée en profondeur. Comme purifiée des taches qui m’empêchaient de voir qui j’étais vraiment.

À peine avais-je posé un point final à mon article sur les miroirs (le jour même, en fait), la vie m’en tendait un nouveau. J’ai envie de dire un dernier. Ce ne sera pas le dernier, bien entendu, mais c’était sans doute le dernier que j’avais besoin de nettoyer pour pouvoir finir ce cycle.

Un miroir bien dégueulasse, bien terrifiant, dans lequel je ne voulais pas regarder. Une histoire vieille de 10 ans que j’avais enfouie dans ma poche avec mon mouchoir par dessus, comme dirait ma mère. (Coucou Maman ! Ma mère me lit, maintenant, dites-lui bonjour.) Des choses tellement douloureuses et peu reluisantes que je m’étais employée avec application à ne jamais avoir à m’y confronter.

Mais ce n’est pas comme ça que ça marche, pas vrai ?

J’ai écrit plusieurs billets sur le sujet entre temps. En vérité, je n’arrivais pas à écrire autre chose. Je n’en ai partagé aucun. Était-ce trop intime, trop frais, était-ce le mauvais moment, ou le fait même de partager, je ne sais pas. Ça ne me semblait pas juste. Peut-être partagerai-je, et peut-être pas. Peut-être avoir sorti les mots de moi suffit-il.

C’est drôle comme à chaque fois que j’ai essayé d’emmener la vie dans une direction, elle ne s’est pas laissée faire. Comme si, de toute façon, une fois le cycle lancé, la machine infernale en route, il fallait bien aller jusqu’au bout.

« Non non, ma cocotte, ce n’est pas le moment pour ça, il y a encore plein de choses à nettoyer. »

Quand je résiste, ça donne un été éprouvant, même si je vois bien qu’il fallait en passer par là.

Quand j’accepte de suivre le mouvement, eh bien, bien sûr, il y a des choses très dures qui passent devant mes yeux, mais si je les laisse partir au lieu de m’y accrocher… Ça ne fait mal que le temps qu’elles passent.

Je me suis comportée comme je le faisais ado. J’ai écouté des chansons en boucle, je me suis montrée obsessionnelle avec des séries, j’ai promené des bouquins partout avec moi, au point de dormir avec eux.

Une petite voix me soufflait de temps en temps « tu exagères, tu n’as plus 15 ans, fais quelque chose de constructif. » Sauf que je devais bien avoir 15 ans, parce que je hochais la tête, et je continuais. Ma mère appelle ça ma technique du « oui oui, j’t’emmerde ». Que j’applique donc à moi-même, maintenant. (Coucou Maman !)

En prenant juste quelques pas de recul, je vois comme en fait tout était lié, que ce que je retirais de toutes ces histoires dont je m’abreuvais, c’était ce que j’avais besoin de comprendre. Je relie les points, je vois que pas un d’entre eux n’était là par hasard, je vois ce que tout cela dessinait, finalement. Ces histoires, la mienne, toutes étaient liées. Les histoires guérissent, quelle que soit la forme qu’elles prennent.

Parce que lorsqu’on laisse une histoire nous prendre par la main, nous accompagner, on peut arrêter de lutter. C’est comme ça que fonctionne l’hypnose : le thérapeute nous plonge dans un état modifié de conscience, et raconte des métaphores, des histoires que notre subconscient absorbe. Quand on revient à notre état de conscience habituel, quelque chose a changé. Des schémas intimes sont tombés.

Il ne s’est pas passé autre chose. J’ai enfin laissé ces histoires que je maintenais loin de moi me traverser, en laissant celles que d’autres me racontaient me tenir la main. J’ai regardé mes zones d’ombres, les dernières croyances auxquelles je m’accrochais, les recoins sombres, humides, avec des toiles d’araignées, de ceux où se tapissent les monstres. Forte de mon cocon d’histoires, j’ai allumé la lumière.

« Oh, c’est toi, alors. Je te vois. Je t’aime. Merci pour tout ce que tu m’as appris. Je n’ai plus besoin de toi. »

Oui, c’est aussi simple que cela. Ce qui est compliqué, c’est de se laisser traverser suffisamment pour arriver à cette simplicité. Mais, bien protégée dans mon cocon d’histoires, je pouvais enfin le faire. Me réduire en bouillie, et revenir complètement autre.

Je suis repartie en laissant la lumière allumée dans les recoins où il n’y avait plus de monstres.

La machine (à laver) infernale a sonné.

Biiiip.

Fin de cycle.

 

 

Crédit photo : Gratisography via Pexels

 

 

4 réponses
    • Eva
      Eva dit :

      Mathieeeeuuuu !!!! Moi aussi !!! Je t’ai pas oublié, hein, juste la machine s’était arrêtée… pour repartir de plus belle cette semaine 😀 On s’appelle demain/ce WE ?

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  1. […] manière non moins sinistre. Ça, c’est mon silence de cet automne : c’était lourd, et ça m’a obligée de faire face à des traumas que je préférais ignorer royalement, mais qui, je m’en rends compte, me paralysaient encore des années plus tard. Je me suis […]

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