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Il m’aura fallu du temps pour comprendre que triste n’est pas un gros mot.

J’ai tellement lutté contre la tristesse. Je ne voulais pas être triste. Interdit. On me faisait remarquer que j’avais l’air triste, et je le prenais comme une offense personnelle. Du coup, en plus d’être chagrin, j’étais fâchée, genre « n’importe quoi, chuis même pas triste, d’abord. » (Ou l’art de se compliquer la vie.)

Alors que n’importe quoi, Eva. Tu étais triste. Mais ce n’est pas grave. On a le droit d’être triste.

Ç’aura été long de comprendre cela. De fendre ta carapace. Car c’est ça, au fond : une armure que tu avais endossée pour te protéger, pour ne pas t’écrouler. Et tu ne t’es pas écroulée. Que ce soit un bien ou un mal, peu importe, c’est comme ça que ça s’est passé. En fait, si tu ne t’es pas écroulée, c’est sans doute parce que tu avais besoin que ça se passe comme ça.

Besoin d’apprendre à être vulnérable. À offrir ta peau et ton cœur sensibles, si fragiles, aux blessures que la vie nous inflige à tous. Tu te rappelles, au début, quand tu te mettais la pression parce qu’il « fallait » que tu pleures ce deuil ? Comme tu t’es fait du mal ! C’était peut-être la pire douleur que tu pouvais t’infliger, d’essayer d’ôter d’un coup cette épaisse carapace dont tu t’étais dotée il y a un million d’années, quand tu étais toute petite. À l’époque où les grandes personnes te répétaient « chut, ne pleure pas ».

Ne pleure pas. Les mots se sont ancrés. L’histoire est restée.

Pour avoir sa place dans le monde, il ne fallait pas pleurer.

Message reçu.

J’ai ravalé mes larmes tant et si bien que je n’ai plus trop su en produire. Sauf quand parfois elles venaient me surprendre au détour d’une chanson ou d’un film, de préférence parfaitement honteux. (N’insistez pas, même sous la torture, je ne parlerai pas.)

Je suis devenue cette espèce de Superwoman impassible, qui affrontait les colères des autres sans broncher (ça les énerve, c’est drôle, au fond), ravalait les siennes jusqu’à ce que ses mains se couvrent d’eczéma, et ses chagrins sans pleurer. Sourire aux lèvres environ 98 % du temps. Call me Bree Van De Kamp.

Enfin, même à Bree, le sourire inamovible ne lui réussit pas tout le temps.

À force de réprimer mes émotions, ma tristesse en tête, je crois que j’étais en train de me détruire. Crises d’angoisses dévastatrices, des nuits à vomir dont je mettais des jours à me remettre. Comme si j’essayais d’annuler mon existence dans ce monde.

Intellectuellement, j’avais compris que c’était une des périodes les plus tristes de ma vie, mais j’étais tellement programmée pour fonctionner en fille calme et souriante, discrète comme une ombre, que je n’avais pas la moindre idée de comment faire. Comment être triste. Comment exprimer ma tristesse. Comment la sortir de moi.

Puis j’ai commencé à travailler sur moi. Pas sur mon deuil, même si bien sûr ça a eu des répercussions. Ça, il n’y a que le temps et l’amour qui arrangent les choses. Non, à travailler vraiment sur moi. Qui j’étais. Ce que je croyais. Ce qui me retenait.

L’avantage, c’est que j’étais tellement mal que j’étais prête à tout essayer.

Je ressentais du soulagement sur le coup, et je voyais les effets s’installer sur la durée. Quand on résiste, ça persiste, mais quand on lâche prise, les choses se mettent à couler.

Je changeais les histoires que je me racontais.

Je changeais de comportement. Je me montrais davantage de compassion. Et je prenais soin de moi comme jamais auparavant. (Ah oui, parce que je croyais que « prendre soin de soi » aussi était un gros mot, en plus d’être égoïste.)

Alors, je suis contente de cette semaine de la chouine. Je suis contente de la manière dont j’ai réagi. Même si je ne sais pas (encore) tout laisser glisser sur moi, je trouve que je l’ai plutôt bien gérée.

Je n’ai pas mis des jours à me rendre compte que ça n’allait pas. Je n’ai pas lutté en me disant que j’allais continuer ce que j’étais en train de faire en forçant comme une brute. À la place, je me suis parlé comme à une amie. « Oh, ma pauvre petite Eva, ça ne va pas fort. Qu’est-ce qu’il y a ? Tu ne sais pas. Bon, c’est pas grave, ne te prend pas la tête, ça ne sert à rien de te torturer pour trouver. Ce qui est important, pour l’instant, c’est que tu te sentes mieux. Repose-toi. Au lit avec un bon bouquin* ? Très bien, fais ça. Prends soin de toi. Tu n’es pas une machine. Tiens, prends un chocolat. »

(Bin oui, le chocolat, c’est le remède souverain contre les détraqueurs !)

Deux-trois jours à ce régime, et je ne chouinais déjà plus vraiment. Encore quelques jours, et je quittais l’inconfort qui subsistait.

Ça a duré une grosse semaine. Dix jours max. Il n’y a pas si longtemps, il m’aurait fallu des semaines.

C’est un travail de longue haleine, de briser ainsi sa carapace. Et je ne suis pas très patiente, j’aime quand ça va vite. Alors ça me fait du bien de voir ce genre de résultat. De voir que finalement, même si ces trois jours de chouine m’ont semblé interminables, quand j’arrête de résister, ça ne persiste pas, ça coule. Une couche de carapace en moins. Une couche de tristesse en moins. Je suis plus légère. Un peu plus vulnérable, aussi. Un peu plus humaine. Un peu plus moi.

Surtout, en laissant mon chagrin s’exprimer au lieu de s’accumuler jusqu’à pourrir sur pied, ce n’était pas si terrible. Ça aussi, c’est un moyen de surfer. Pas sur le même genre de vague, mais surfer quand même. C’est moins glamour, avec ces yeux rouges et ce nez qui coule, mais c’est au moins aussi important. C’est salvateur, même.

D’apprendre à surfer sur toute sorte de vagues.

*Des choses fragiles, recueil de nouvelles de Neil Gaiman. Plus sombre que ses romans, mais tout aussi génial. (Okay, il donnerait sa version du bottin que je trouverais ça fascinant.)

Photo Roberto Tumini via Unsplash

Eva

C’est l’été, et les vacances te poussent à l’introspection ? Qui suis-je, où vais-je, dans quel état j’erre ? Les journaux Love – Dream – Shine sont là pour te guider, et remettre des paillettes dans ton existence !

Tu aimes écrire? Ou tu as envie d’écrire ? Écrire, ça libère, et ça transforme. C’est pour ça que j’ai créé la Métamorphose par l’écriture, un accompagnement par courrier postal baigné de bonnes ondes !

8 réponses
  1. Magaly
    Magaly dit :

    Merci Eva, quelle beauté ton texte, ton travail sur toi et ta chouinerie !
    Laisser être, laisser aller…la tristesse, la mélancolie, la colère, … Et faire doucement son deuil. Comme ça me parle.

    Le temps permet de faire son deuil, l’Amour de retrouver la joie dans son coeur…Je suis en chemin.

    Je te trouve très belle à travers tes mots. Merci ma douce Eva

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  1. […] peur, ou plus peur du tout. En fait, je me fais encore avoir comme une bleusaille. De toute façon, comme être triste, avoir peur n’est pas un gros mot. En général, c’est surtout signe que quelque chose […]

  2. […] son passage, ignorer sa colère et fourrer sa tristesse dans sa poche avec son mouchoir par dessus. Triste n’est pas un gros mot. (J’ai testé pour vous. Ça ne marche […]

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