Ça n’a pas besoin d’être compliqué, la vie…

Et nous voilà au mois de mai.

Le redouté mois de mai.

Avant, je l’aimais tellement. Non tant à cause des ponts, même si les week-ends prolongés avaient le goût de la douceur de vivre que je cultive précieusement aujourd’hui.

Non. C’était surtout le printemps.

Avril était incertain. Parfois les manches courtes, parfois le parapluie 28 jours d’affilée. En avril, ne te découvre pas d’un fil.

Oui, il y a le vert, l’explosion, les abeilles, les fleurs et les petits oiseaux. En avril, c’est une promesse. En mai, c’est une certitude.

L’air est doux sur la peau. Je n’ai plus de scrupules, moi la frileuse, à laisser mon manteau à la maison. Je commence à glisser ma crème solaire dans mon sac, où mes lunettes de soleil ont déjà élu résidence.

Je guette les glycines et les lilas.

L’air embaume, les abeilles bourdonnent, les oiseaux s’en donnent à cœur joie. L’air vibre de la vie qui explose après s’être reposée, préparée tout l’hiver.

Le simple fait d’être en vie est exaltant au mois de mai, aux premiers jours du printemps.

Le jour où tu es parti, c’était un jour comme ça. L’air était doux. Les oiseaux pépiaient à qui mieux-mieux. L’herbe était verte et drue.

Ce jour-là, le monde s’est arrêté, et il a continué comme avant.

Ils t’ont emporté. L’herbe était verte. L’air était doux sur ma peau. Les oiseaux chantaient. J’en avais conscience, mais je ne le sentais plus.

C’était une magnifique journée de mai.

Aussi magnifique que celle, 4 ans moins 10 jours plus tôt, où on s’était dit oui pour la vie. Ce jour-là, je n’imaginais pas ce que notre « pour la vie » représentait. Pas grand-chose, finalement, à l’échelle du monde. 4 petites années. Et tellement en même temps.

On s’est dit oui, un petit bébé poussait dans mon ventre, et des projets, on en avait une montagne. Ça tombe bien, on y vivait, à la montagne. Le monde nous appartenait. Celui qui n’a pas arrêté de tourner.

Carpe diem, cueille le jour. J’ai suffisamment regardé Le cercle des poètes disparus pour que ces mots soient imprimés dans mon ADN.

On a bien fait quelques trucs dingues, mais ce qui me reste, ce sont ces jours où on ne faisait pas grand-chose d’exceptionnel. Juste ce qu’il nous fallait. Un peu en vase clos, là-bas, dans nos montagnes, avec notre tout petit bout de nous. On dévorait des histoires, collés l’un contre l’autre, jusqu’à bien plus tard qu’il n’était raisonnable. Souvent, je m’endormais, et tu m’envoyais au lit, même si je protestais « je ferme les yeux mais j’écoute ! » Parfois, je me réveillais, et tu n’étais pas à côté de moi. Tu ronflais dans le canapé. L’expérience m’a appris que rien ne pouvait te réveiller, et que le mieux que je pouvais faire, c’était te couvrir, t’embrasser, et retourner me coucher.

On tournait sur peu de sommeil et beaucoup de café. Sur des histoires et des câlins. Ça ne semble pas grand-chose, dit comme ça. Parfois, je me disais qu’il nous faudrait plus grand, plus grandiose, mais au fond, je ne rêvais pas de franchement plus. Un peu plus de sommeil. Un peu plus de temps. Rêves de jeune parent.

Aujourd’hui encore, je me demande parfois de quoi je rêve.

D’histoires et de douceur.

De café et de bons dîners.

Et pas beaucoup plus.

Ça n’a pas besoin d’être compliqué, la vie…

**

La voilà, ma relation compliquée avec le mois de mai. Entre le présent et le passé, quand ce n’est pas le fantôme des mois de mai futurs. Les deux années passées, c’est ce fantôme-là qui me hantait. J’étais triste et je boudais. Bien sûr, les anniversaires comme ça ne sont jamais évidents. Surtout, j’étais fâchée parce que je n’étais pas là où je me l’étais figuré plus tôt, quand je me disais « dans un an, dans deux ans, ça ira beaucoup mieux, j’aurai reconstruit ma vie, ce sera un truc de ouf », et j’avais des idées complètement à côté de la plaque de ce que ce serait. Je prenais à peu près tout en compte, sauf moi. Alors, j’étais triste et déçue et frustrée, en plus d’être triste. (Oui, ça fait deux fois triste. J’étais triste de tristitude, et triste de ne pas être « là où il fallait ».)

Le vent peut encore tourner, mais cette année, ça ne ressemble pas à ça. J’ai enfin fait la paix avec moi, et tout ce que je souhaite, tout ce que je me souhaite, c’est d’être heureuse et bien dans mes baskets, jour après jour.

Je ne cherche plus à reconstruire ma vie. Juste à la vivre.

Parfois, comme la semaine dernière, c’est plus compliqué. Mais globalement, je suis bien dans ma peau et dans ma vie. Les coups de moins bien, je sais qu’ils ne sont que temporaires.

Je ne suis plus concentrée sur le plus tard, mais sur le maintenant. Et c’est un soulagement de me dire « OK, aujourd’hui, je fais quoi pour que ma vie soit démente ? » Et je le fais. (Ça suppose rarement – comprendre jamais – de faire de la chute libre au dessus du Grand Canyon.) Au lieu de m’exaspérer sur « pfff, mais qu’est-ce que j’ai glandé pendant un an ??? »

Ce que j’ai glandé, c’est que j’ai appris à être douce avec moi. J’ai appris à m’aimer. J’ai appris à avoir un peu de compassion pour moi-même. J’ai appris que quand je faisais cela, même si par moments, j’ai l’impression de pédaler dans la semoule (oui, je te regarde, semaine dernière), il en ressort souvent du bon, des trucs de oufs que je n’attendais pas.

C’est comme ça que ma vie est démente. Parce que je fais jour après jour ce que je veux, ce que je peux pour ça.

Et c’est mon dément à moi. Pas celui que je crois devoir vouloir. Parfois, je me dis que c’est juste un tout petit dément. Mais petit dément deviendra grand. Un jour à la fois.

**
Eva, sœurcière démente qui a mal au bras (parce qu’elle a écrit comme une démente ce matin. Crampe de l’écrivain. Ouille !!!)

Le programme « Juste la fin du monde » (titre de travail, mais qui sait, il restera peut-être ainsi) avance bien. Dès jeudi, tu pourras te pré-inscrire à prix doux !

Garde aussi l’œil ouvert pour deux ateliers parisiens au mois de juin. (Ça te botte ? Fais-moi signe, on en cause !)

Sinon, pour prendre un peu mieux soin de toi, tu peux toujours t’inscrire à 7 jours pour mieux t’aimer, le programme gratuit pour remettre un peu d’amour dans le quotidien des femmes sous pression.

Bisous, chaton <3

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