Si ton monde s’effondre, tu peux toujours le reconstruire (en mieux)

Les abonnés à mes mots doux reçoivent le vendredi un billet inédit, en général plus intime, plus personnel. Celui de vendredi dernier était particulièrement personnel… J’ai eu de nombreux retours à son sujet. Et j’me suis dit… Si ça fait du bien aux gens de le lire, il ne faut pas qu’il reste enfermé. Surtout quand l’ambiance est aussi étrange que ces jours-ci. Alors, exceptionnellement, le voici.

(Si tu veux recevoir mes mots doux, tu peux t’y abonner en fin de billet ou ici.)

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Après la mort de mon mari, j’ai recommencé à tenir un journal. Parce que je ne comprenais rien à ma vie. En écrivant, page après page, j’espérais comprendre. Je pense que ça m’a aidée. On dit qu’il n’y a pas de mot, mais j’ai quand même essayé. Peut-être en compensant la qualité par la quantité. C’était pour moi un moyen de ne pas devenir dingue, aussi, je crois.

Écrire, ça libère.

Un thérapeute m’a conseillé de brûler ce journal. Je comprends où il voulait en venir. Après tout, je suis une grande pyromane des mots qui font mal. Mais je suis aussi convaincue que j’ai autre chose à en faire. Je n’ai pas encore osé relire.

Dans tout ce que j’ai pu lire sur le deuil à l’époque (et j’en ai lu), il n’y avait rien sur le tout de suite après. Ça m’a beaucoup manqué.

Le champ de bataille juste après la bataille… à quoi ressemble-t-il ?

Peut-être est-ce parce que tout de suite après, toute l’énergie est consacrée à continuer à exister. Survivre encore à cette journée. Survivre encore à cette nuit. Recommencer.

Parfois, encore, j’attends pour traverser la rue, ou j’attends que l’escalator m’emmène à l’étage, et ça me traverse la tête : « quand même, c’est fou, comment une chose pareille a-t-elle pu se produire ? »

Je crois qu’une part de moi a encore du mal à assimiler l’ampleur du truc. Peut-être la question me traversera-t-elle la tête jusqu’à ma mort.

L’autre jour, mon fils, qui jouait au magicien, m’a dit « abracadabra, que tu sois jeune à nouveau ! »

Ma première pensée a été que oui, j’avais l’âge qu’on pense ça, alors que bon, en fait, je suis encore une gamine. (Je suis convaincue que l’âge adulte est la plus grande supercherie du monde.)

La suivante a été de me demander quel âge je voudrais avoir à nouveau. La réponse a été : aucun. J’ai eu des moments durs et des moments doux. Tous m’ont amenée là où je suis aujourd’hui, et même si tout n’est pas rose, même si tout n’est pas idéal, je suis plutôt bien là où je suis.

Parce que je n’ai jamais autant été moi-même.

Mon apocalypse personnelle est devenue la fondation sur laquelle j’ai commencé à bâtir cette vie où je suis enfin vraiment moi. Pas celle que les autres attendaient. Pas celle que je croyais que les autres attendaient. (La pire version, très honnêtement. Les gens sont surtout préoccupés par leur nombril. La version de toi que tu es ne les empêchera pas de dormir.)

C’est cette apocalypse qui me permet de me dépouiller, un à un, de tous les masques et toutes les armures derrière lesquels je me cache, au monde, mais aussi à moi-même.

Quand tu traverses une fin du monde, qu’elle soit brutale comme la mienne, ou que tu te rendes compte que ton monde s’effrite depuis longtemps, il n’y a plus de place pour le superflu. Tu fais le nécessaire pour survivre. Puis le nécessaire pour recommencer à vivre. (Oui, le mode survie, ça va 5 minutes, hein !)

Certains ne comprennent pas et tu fais face à une grande frustration. D’autres ne comprennent pas, mais te disent « du moment que tu es bien ». Et les vrais savent.

Il y en a même qui, avec un petit sourire en coin, te regardent découvrir des aspects de toi qu’eux avaient cernés depuis longtemps.

Et comme tu reviens de tellement loin, tu n’as plus vraiment peur d’aller trop loin. De prendre des chemins de traverse. D’explorer de nouvelles contrées.

Au point où tu en es…

Même si chaque jour je pense à lui avec une tendresse infinie, je ne voudrais être nulle part ailleurs. À aucun autre âge.

(C’est drôle, au lendemain de l’enterrement, une amie très proche m’a dit « parfois, on aimerait avoir un an de plus ». Ce à quoi j’ai répondu « non, je crois que j’ai besoin de vivre chacun de ces jours même si ça fait mal à en crever ». Hum, j’avais plus de cerveau, mais j’avais déjà tout compris. Et effectivement, j’ai douillé ! Bon, c’était peut-être pas si drôle. Mais quand même.)

Mon apocalypse, ma fin du monde, m’a révélée à moi-même, et chaque découverte m’éblouit un peu plus que la précédente. #autokiff

Et aujourd’hui, je suis capable d’à peu près tout. De choses dont je n’osais même pas rêver quand j’étais bien confortable dans ma petite vie confortable.

Ma vie n’est pas parfaite. Ma vie a bien failli me faire crever. Ma vie n’est pas facile tous les jours. Parfois, encore, c’est sacrément douloureux.

Mais la somme de tout ça fait ce que je suis. Et qui je suis me plaît.

Mon apocalypse est mon meilleur outil de développement personnel.

La semaine dernière, alors que j’étais en train de griffonner dans le train, une idée chelou m’est tombée dessus. Avec une telle fulgurance que je ne peux pas la laisser passer.

Je suis en train de créer un programme « juste la fin du monde » pour aider les personnes qui voient, qui ont vu leur monde s’effondrer, ou s’effriter petit à petit, à digérer cette fin. Pour mieux construire la suite. Pour que leur nouveau monde soit plus conforme à leurs rêves, à leurs aspirations. En fait, c’est possible. Mais ça, souvent, on a besoin d’une claque dans la gueule pour le voir.

On n’est pas obligé de prendre les mêmes et de recommencer. Ce serait la recette d’un désastre annoncé.

Mais pour cela, il faut accepter d’aller voir là où c’est noir, là où ça fait mal. Ça ne va pas être de tout repos. Ça va demander un certain carburant d’âme. Mais ça promet d’être transformateur. En profondeur. Et de te propulser dans un nouveau monde à ton image.

Pfiou, c’était long, et intense, et intime !

Je t’envoie plein de bisous et d’amour tendre <3

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Eva, sœurcière au cœur kintsukuroi

(Le kintsukuroi est l’art japonais de réparer les objets brisés avec de l’or, les rendant encore plus beaux, uniques et précieux.)

Et si tu as besoin de beaucoup beaucoup d’amour (et ces jours-ci, ce n’est pas de trop), tu peux toujours te lancer dans les 7 jours pour mieux t’aimer, c’est gratuit, et ça fait du bien à l’âme.

Et si tu as besoin de lâcher de la pression, tu peux toujours tenter la libération par l’écriture.

Et si tu as besoin d’un câlin à distance, tu peux encore réserver un soin énergétique cette semaine. Après, c’est fini. En route pour de nouvelles aventures !

Et des bisous supplémentaires <3

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